La journée s’écoula fort agréablement. Roderick cependant ne laissa pas de remarquer que, par moments, Wabi semblait sous le coup d’un souci inconnu. Par deux fois, il le découvrit seul, assis sous la hutte, et silencieusement pensif. Il finit par s’en inquiéter.
« Pourrais-je savoir la cause de votre ennui ? interrogea-t-il. Qu’est-ce qui ne va pas ? »
Wabi se redressa et eut un petit rire.
« Avez-vous jamais eu, Rod, un rêve qui survive à la nuit et continue à vous importuner, une fois éveillé ? J’en ai fait un de ce genre, plus tenace que vos cauchemars imaginaires, car, depuis lors, je ne puis m’empêcher d’être inquiet des êtres chers que nous avons laissés derrière nous. Et plus spécialement de Minnetaki. Rien d’autre que cela. C’est se tracasser pour rien, me direz-vous ? Je suis de votre avis. Écoutez ! N’est-ce pas le sifflement de Mukoki ? » Le vieil Indien, en effet, arrivait en courant.
« Venir voir chose plaisante ! s’exclama-t-il. Vite ! Venir voir vite ! »
Rapidement, il emmena les deux boys sur le rebord le plus escarpé de la montagne. Il semblait très excité.
« Caribous ! dit-il. Caribous en train de s’amuser ! »
Et son doigt se tendit vers la pente neigeuse qui dévalait au-dessous d’eux.
A la distance d’un mille environ, qui semblait à Rod beaucoup moindre, sur une petite plate-forme située à mi-côte de la montagne, et qui devait être, en été, une prairie, une demi-douzaine de gros mammifères se comportaient d’une façon bizarre.
Les bêtes étaient des caribous, cet animal merveilleux de la Terre du Nord, aussi commun que le renne au delà du 60e degré de latitude, et dont Roderick avait lu, dans ses livres, tant de mirifiques descriptions. Pour la première fois, il le surprenait dans son ambiance et dans sa vie réelle.