Il appuya son doigt sur l’épaule de Rod et lui désigna Mukoki, qui se trouvait déjà assez loin et se glissait en tapinois vers les caribous, parmi les rochers et les buissons. Chaque minute le rapprochait davantage de son gibier et Roderick palpitait, admirant l’ensemble du tableau que formaient les muets et folâtres ébats des enfants du Désert, l’avance précautionneuse du vieil Indien, et chaque arbre, chaque rocher du paysage, qui jouaient leur rôle dans le petit drame dont pas une phrase ne lui échappait.
Cinq, dix, quinze minutes passèrent. Les deux boys virent Mukoki s’arrêter et lever le doigt en l’air, pour l’épreuve du vent.
Il s’aplatit ensuite sur la neige et, pied par pied, mètre par mètre, il se coulinait sur les mains et sur les genoux.
« Bon vieux Muki ! murmurait Wabi, tandis que Rod s’impatientait, les mains crispées, se demandant quand Mukoki se déciderait à tirer. Car, maintenant, il n’était plus, semblait-il, qu’à un jet de pierre de la troupe.
— A quelle distance est-il donc encore ? interrogea Rod.
— A trois ou quatre cents yards, dit Wabi. C’est trop loin pour tirer. »
Mukoki finit par n’être plus qu’un point noir sur la neige blanche.
A ce moment, la troupe joyeuse eut la conscience qu’un danger la menaçait. Elle cessa soudain ses ébats et demeura, pendant quelques instants, comme paralysée. La détonation du fusil de l’Indien monta vers les deux boys.
« Raté ! » cria Wabi.
Déjà les huit caribous fuyaient ventre à terre.