Un autre coup, puis un second et un troisième se succédèrent rapidement. Un des fuyards s’abattit sur les genoux, puis se releva et reprit sa course. Un coup encore, le dernier dans le fusil de Mukoki, et la bête blessée tomba à nouveau, tenta une fois de plus de se remettre sur ses pattes, puis s’écroula sur le sol.
« Bonne besogne ! s’exclama Wabi. C’est de la viande fraîche pour le dîner ! »
Mukoki, après avoir déchargé son fusil, s’avança sur l’espace libre, maintenant rouge de sang, où quelques instants avant, s’ébattaient les caribous.
Il tira son couteau de sa gaine et s’agenouilla près de la gorge de l’animal abattu.
« Je vais, dit Wabi, descendre vers lui, pour l’aider un peu. Vous, Rod, restez ici. Vous avez encore les jambes faibles et vous ne pourriez plus ensuite regrimper. Allez un peu aviver le feu. Mukoki et moi nous rapporterons la viande. »
Roderick, resté seul, s’occupa de ramasser du bois pour la nuit et s’exerça sur ses raquettes. Il s’étonnait lui-même de ses progrès et qu’il pût, avec cette étrange et encombrante chaussure, arriver à marcher ainsi, tout naturellement.
CHAPITRE VIII
MUKOKI DÉRANGE LES ANCIENS SQUELETTES
Le crépuscule commençait à tomber lorsque Wabi et Mukoki reparurent, chargés de la viande du caribou. On hâta les préparatifs du dîner, car, le lendemain et les jours suivants, on devait se mettre en route avant l’aurore, marcher sans doute jusqu’à la nuit, et il était urgent de s’allonger au lit.
Les trois compagnons étaient aussi impatients l’un que l’autre de commencer leurs exploits cynégétiques. Même Loup, étirant sa personne efflanquée, humait l’air à plein museau, comme s’il eût langui après les émotions des drames où il devait jouer son rôle.
« Si vous en avez la force, dit Wabi à Rod, par-dessus sa tranche de caribou, nous couvrirons dès demain vingt-cinq à trente milles, au cas où cela sera nécessaire. Nous pouvons avoir rencontré notre terrain de chasse à midi, comme il est possible que nous le cherchions deux ou trois jours durant. Dans ce cas comme dans l’autre, ne gaspillons plus notre temps. Hourrah ! L’heure du grand jeu n’est pas loin ! »