Il semblait à Rod qu’il venait à peine de s’endormir, lorsqu’il sentit que quelqu’un le secouait sur sa couche. Il ouvrit les yeux et trouva devant lui la figure rieuse de Wabi, qu’éclairait le reflet d’un bon feu.
« Allons, Rod ! Il est l’heure ! lui dit son camarade. Le déjeuner du matin est chaud, tout notre paquetage est déjà sur le traîneau. Et vous êtes encore là à rêver. A quoi ou à qui ?
— A Minnetaki ! » répondit Rod, avec une franchise dénuée d’artifice.
Il se leva, défripa ses vêtements et lissa ses cheveux ébouriffés. La nuit était noire encore et, ayant consulté sa montre, il vit qu’il était quatre heures du matin. Mukoki avait installé déjà le déjeuner sur une pierre plate, auprès du feu.
Le repas fut bref et la caravane se remit en route. Rod était désolé de la perte de son fusil. Un paradis de chasse allait s’ouvrir à lui et il était désarmé ! Comme il se lamentait de son malheureux sort, Wabi lui offrit l’usage de son propre fusil, un jour sur deux. Le gros revolver passerait de même, respectivement, d’une main à l’autre, et chacun d’eux, en cas de besoin, l’utiliserait de son mieux. Roderick fut tout joyeux de cette solution et Wabi insista pour que ce fût lui qui eût la première jouissance de l’arme bienheureuse.
Au delà des rochers qui jonchaient le faîte de la montagne et une fois sur la pente lisse de la descente, les deux boys s’attelèrent ensemble au traîneau, tandis que Muki marchait en avant pour tracer la piste.
Roderick assistait, pour la première fois, à l’établissement d’une piste et il admirait fort, dans l’aube naissante, l’habileté du vieil Indien. Mukoki, qui était un « pisteur » habile entre tous, effectuait, avec ses raquettes, d’énormes enjambées et, à chacune d’elles, faisait voler en l’air un feu d’artifice neigeux. Le sol, ainsi débarrassé de la neige molle, n’offrait plus qu’un large sentier, à la surface ferme, que pouvaient suivre sans peine Rod et Wabi.
Dès qu’ils furent arrivés à la base de la montagne, et comme ils suivaient, depuis un demi-mille environ, le bas-fond où ils se trouvaient, Mukoki s’arrêta. Lorsque les deux boys l’eurent rejoint, il désigna du doigt une empreinte marquée curieusement dans la neige.
« Élan ! » dit-il.
Rod se pencha pour regarder.