Mais toutes ces allées et venues des hors-la-loi, dans un aussi proche rayon du campement, ne laissaient pas, à la fin, d’être inquiétantes. En dépit de l’optimisme revenu de Wabi et de Mukoki, Rod ne pouvait s’empêcher de trouver inexplicables tous ces mouvements sournois et dérobés. Il avait l’esprit délié, très intuitif, et savait aller au bout des conséquences qu’il convenait de tirer des faits, même lorsque ceux-ci manquaient encore de précision.
Il ne pouvait y avoir pour lui aucun doute. Les hommes à peau rouge connaissaient leur présence, à tous trois, dans la vieille cabane. Et, s’ils ne s’étaient jamais montrés, s’ils n’avaient jamais dérangé ni levé une trappe, ce n’était qu’une raison de plus de se méfier.
Rod, cependant, était résolu, peut-être à tort, de garder pour lui ses soupçons. Il croyait sincèrement que Wabi et Mukoki, par leur éducation même, étaient plus aptes que lui à voir clair en toutes ces choses et plus compétents des lois, des mœurs et des périls du Wilderness.
CHAPITRE XIV
LE SECRET DE LA MAIN DU SQUELETTE
Un peu avant midi, Roderick arrivait au-dessus de la dépression de terrain où se trouvait, au bord du petit lac, la vieille cabane.
Il avait joyeuse mise, car, à défaut de l’or, il rapportait du ravin, dans son ballot, une palpable petite fortune, qui était la peau du renard argenté. Le fardeau en paraissait plus léger à ses épaules et il s’amusait d’avance de la surprise de Mukoki et de Wabi.
Comme il s’approchait de la cabane, il prit la contenance d’un homme las et une figure désappointée. Il y réussit fort bien, en dépit de sa secrète envie de rire. Wabi, qui l’attendait sur le seuil de la porte l’accueillit avec une moue moqueuse et Mukoki le salua par un de ses gloussements familiers.
« Ah ! Ah ! cria Wabi, en feignant de le toiser de la tête au pieds, voici Rod ! Voulez-vous, cher ami, nous montrer au plus vite ce fameux trésor ? »
Mais, en dépit de son persiflage, on lisait sur son visage la joie de voir rentrer son camarade.
Rod jeta à terre son ballot, d’un mouvement découragé, et se laissa tomber lourdement sur une chaise, comme s’il était au dernier degré de l’épuisement.