Rod ne tarda pas davantage et il reprit, à rebours, sa piste de la veille. Il la suivit avec la même prudence qu’à l’aller, scrutant de l’œil les rochers et la neige. Il avait, en venant, rencontré de la vie. Il pouvait en découvrir encore, autant sinon plus.

Le jour grandissait rapidement, mettant un vague clair-obscur dans les ténèbres du ravin. La marche de Rod s’en accéléra. Il calculait qu’en ne s’attardant pas pour le moment à d’autres investigations, il arriverait au camp vers midi. Immédiatement il pourrait, avec ses compagnons, déterrer le squelette. Si réellement le rouleau de bouleau contenait le secret de l’or ignoré, il leur serait loisible de revenir au ravin avant que des chutes de neige plus importantes ne l’eussent rempli et rendu inaccessible.

A l’endroit où il avait tué le renard argenté, Rod s’arrêta un instant. Il se demandait si les renards avaient coutume de voyager par couples et il regrettait de ne s’être point mieux documenté sur ce sujet, près de Wabi ou de Mukoki. Il vit distinctement, à quelque distance de lui, le trou du rocher d’où la tête était sortie, et la curiosité le poussa à faire un crochet jusqu’à cet endroit.

Quelle ne fut point sa surprise en apercevant, sur la piste même de l’animal, l’empreinte d’une paire de raquettes !

Quiconque avait passé là l’avait fait depuis son passage à lui et depuis celui du renard. La marque des pattes de la bête était en effet recouverte par celle des raquettes. Quel était cet inconnu ? Était-ce Wabi ou Mukoki, venus au-devant de lui. Mais comment alors ne les avait-il pas rencontrés ?

Il examina de plus près les empreintes. Elles différaient, en long comme en large, de celles de Wabi et de Mukoki, autant que des siennes propres. Elles ne pouvaient provenir que d’un étranger.

Mais cet étranger avait-il découvert sa présence ? Le boy demeurait les yeux et le fusil en arrêt. Il continua a suivre cette nouvelle piste durant une centaine de yards. Là, l’inconnu s’était arrêté, ainsi que Rod s’en aperçut au piétinement de la neige. Sans doute était-ce pour écouter et épier lui-même… Toujours est-il qu’à partir de cet endroit la piste revenait dans la direction de celle du jeune blanc, qu’elle rejoignait bientôt et avec laquelle elle se confondait désormais.

Rod ne doutait plus qu’un de ces Woongas de malheur ne fût encore passé là. Peut-être l’Indien était-il en embuscade, derrière quelque rocher, prêt à tirer sur lui. Il n’y avait pourtant d’autre solution possible que de continuer à avancer. C’est le parti auquel il se résolut.

Les empreintes bifurquaient à nouveau. Les raquettes de l’inconnu s’étaient orientées vers la gauche, dans la direction d’une fissure étroite, ouverte dans la muraille. Le fusil en arrêt, Rod fit de même. Son étonnement fut grand de constater que cette fissure se prolongeait dans la roche, comme une véritable brèche, large à peine de quatre pieds, et qui se relevait, en pente rude, jusqu’au sommet de la crête qui bordait le ravin. L’inconnu avait passé par là et escaladé la brèche, après avoir enlevé ses raquettes.

Ce fut un soulagement pour Rod. Par cette fente presque invisible, le mystérieux ennemi s’en était allé, sans plus s’occuper de lui.