« Quel effroyable songe ! Effroyable… Effroyable… »

Lorsque son esprit se fut un peu calmé, il s’arrêta à nouveau devant le foyer et regarda la flamme joyeuse qui se ranimait. Sa chaleur et sa clarté le ragaillardirent. Il constata qu’il était trempé de sueur. Il retira sa casquette et se passa la main dans les cheveux et sur le front, qui étaient tout humides.

Puis, plus froidement, il tenta de rappeler dans sa mémoire les différentes phases de son rêve.

Elles ne lui apparurent pas une à une, comme il se produit d’ordinaire. Mais, tout de suite, la souvenance lui revint, aussi soudaine qu’un coup de fusil, du rouleau de bouleau que la main levée d’un des squelettes tenait dans ses doigts sans chair.

Et, presque aussitôt, une seconde réminiscence lui revint. Lorsque ses compagnons et lui avaient enterré les deux squelettes, l’un de ceux-ci tenait effectivement dans sa main un morceau d’écorce de bouleau !

Ce rouleau d’écorce ne contenait-il pas le secret de la mine perdue ?

N’était-ce pas aussi pour la possession de ce rouleau, et non pour celle du petit sac de peau de daim, que les deux hommes avaient combattu et trouvé la mort ?

Roderick avait oublié, en une seconde, et sa solitude, et sa peur nerveuse. Il ne songeait plus qu’à la « clef » imprévue que lui avait apportée son rêve. Wabi et Mukoki avaient vu, comme lui, l’écorce de bouleau dans la main du squelette. Mais ils n’y avaient pas, non plus, prêté autrement attention. Tous trois avaient pensé que ce n’était là qu’un simple copeau, ramassé dans la lutte par la main crispée d’un des deux combattants, lorsqu’ils avaient roulé à terre, dans leur corps à corps.

Rod se souvenait à présent qu’ils n’avaient trouvé dans la cabane aucune autre écorce de bouleau, ce qui n’aurait pas manqué si les deux hommes avaient fait, pour allumer leur poêle, une provision de ce genre de bois. Son rêve ne semblait point le tromper.

Il continua à entretenir son feu, en attendant avec impatience le lever du jour. A quatre heures du matin, dans la nuit noire, il fit cuire son déjeuner et prépara son ballot, en vue du retour. Puis il attendit qu’une étroite bande de lumière apparût au faîte du ravin, où elle s’infiltra faiblement, dessinant à peine, dans l’ombre, les contours des objets.