Tout cela se donne, Dieu se donne, les anges se donnent. L’âme raisonnable appartient à tout le corps, à tous les membres du corps. Elle est là, partout tout entière. Elle ne peut être divisée que par hypothèses. Les puissances supérieures et les puissances intérieures de l’homme, si prodigieusement distantes, si la raison les regarde, constituent pourtant le même homme dans l’unité duquel sont unis l’âme et le corps. Dieu est dans tous et dans chacun. Tout par lui, tout en lui, tout de lui, le ciel, la terre et toute la nature. Pendant que la réflexion intérieure et profonde se promène sur l’excellence de la nature divine, sur les éblouissants trésors de Dieu, et sur sa magnificence, l’admiration grandit dans le contemplateur, et il arrive à la stupeur, à cause de la sublimité et de la fidélité immense. Avec la foi et l’espérance, émerge du fond de l’homme la joie singulière. Or cette joie pénètre et embrasse, avec toutes les puissances de l’âme, l’unité même de l’Esprit.

L’ATTOUCHEMENT DIVIN

L’avènement du Christ dans l’âme est un contact qui pénètre et émeut l’esprit dans sa plus profonde intimité. Quand les puissances suprêmes de l’âme se sont embrassées au-dessus de la sublimité des vertus, dans l’unité de l’Esprit, la créature sent le doigt qui la touche. L’unité de l’Esprit, où cette veine bondit et bouillonne, est supérieure à la raison mais non pas étrangère à elle. La raison illuminée sent l’attouchement, elle le sent moins que l’amour ; cependant elle le sent, sans pouvoir en pénétrer le mode. Car c’est un acte divin, c’est la source de tous les biens possibles ; entre Dieu et la créature c’est le dernier intermédiaire.

Mais au dessus, dans le silence sacré de l’Incompréhensible, tremble une certaine clarté, qui est la Trinité très haute.

C’est de là que vient l’attouchement. Le Tout-Puissant vit et règne dans l’Esprit, l’Esprit en Dieu.

LA VISITATION

Le Seigneur, considérant la demeure et le repos qu’il s’est faits à lui-même au fond de nous, considérant l’unité d’esprit opérée par sa grâce et notre ressemblance avec notre type, a résolu de visiter continuellement cette unité superbe, ouvrage de ses mains, et de l’illustrer sans interruption par l’attouchement sublime de son Verbe, et l’épanchement immense de son amour. Car il tient à ses délices ; il veut habiter l’esprit touché d’amour. Quand il a obtenu et conquis et créé en nous sa ressemblance, il veut visiter cette image, l’enrichir largement de dons merveilleux, nous ouvrir la route des vertus plus éclatantes qui conduisent à une image plus éclairée. La volonté du Christ est que nous habitions dans l’unité essentielle de notre esprit, et que nous demeurions là où il est, au-dessus des créatures et de leurs excellences, et que nous soyons fixés dans sa richesse, parmi ses trésors ; la volonté du Christ est qu’enrichis des trésors et des magnificences célestes, nous demeurions avec lui, dans la plénitude de l’activité. La volonté du Christ est que, parmi les actes les plus pratiques et les plus multipliés de la vie, nous rendions visite continuellement au fond de notre esprit, à notre unité et à notre image divine.

Car à chaque moment de sa durée, dans tous les points qu’embrasse le mot maintenant, Dieu naît en nous, le Saint-Esprit procède, armé de tous ses trésors. Offrons aux dons du Seigneur la ressemblance qu’il veut en nous, mais offrons à sa génération sublime l’unité sacrée de notre essence.

SIMPLICITÉ D’INTENTION

Quelle est la route pour aller au-devant du Seigneur ? La route de la ressemblance plus parfaite et de l’unité plus jouissante ? tout acte de bonté, fût-il imperceptible, si la simplicité d’intention le rapporte à Dieu, augmente en nous l’image divine, et fait abonder sa vie éternelle. La simplicité d’intention rassemble dans l’unité de l’esprit les forces dispersées de l’âme, et unit à Dieu l’esprit lui-même. C’est la simplicité d’intention qui rend à Dieu honneur et louange ; c’est elle qui lui présente et lui offre les vertus. Puis se pénétrant et se traversant elle-même, traversant et pénétrant tous les lieux, toutes les créatures, elle trouve Dieu dans sa profondeur. Elle est le principe et la fin des vertus, leur splendeur et leur gloire. J’appelle intention simple celle qui ne vise qu’à Dieu, rapportant toutes choses à Dieu, suivant l’ordre et la vérité. Elle met en fuite toute feinte, toute hypocrisie et duplicité. Dans toute action possible, c’est la simplicité qui doit être retenue, exercée et cultivée par-dessus tout. C’est elle qui place l’homme en présence de Dieu, c’est elle qui lui donne lumière et courage, c’est elle qui le rend vide et libre, aujourd’hui et au jour du jugement, de toute crainte étrangère et vaine. Elle est cet œil simple, dont le Seigneur se souvient, illustrant tout le corps, c’est-à-dire toute sa vie active, et la délivrant du mal. Elle est la pente intérieure de l’esprit éclairé, elle est le fondement de toute sa vie spirituelle. Confiante en Dieu et fidèle à lui, elle embrasse entre ses bras espérance et charité. Elle foule aux pieds la mauvaise nature, elle donne la paix, elle impose silence aux bruits vains qui se font en nous. Elle est la santé des vertus, elle est paix, espérance, confiance, maintenant et au jour du jugement. Par elle nous demeurerons avec grâce et ressemblance dans l’unité de l’esprit, allant au-devant du Seigneur par la route des vertus. C’est elle qui lui offrira toute notre activité vivante, augmentant d’heure en heure notre ressemblance divine.