Anna n'eut qu'un nuage à son bonheur; ce fut de voir que personne dans sa famille n'était digne de Wenvorth. La disproportion de fortune ne lui donna pas un moment de regret; mais ne pouvoir offrir à son mari l'accueil bienveillant d'une famille respectable, en échange de l'accueil empressé de ses beaux-frères et belles-sœurs, fut pour elle une source de chagrin.
Elle n'avait dans le monde que deux amies à ajouter à ceux de son mari: lady Russel et Mme Shmith; il était tout disposé à aimer la première, et, pourvu qu'on ne l'obligeât pas à dire qu'elle avait eu raison de les séparer, il voulait bien lui reconnaître toutes les autres qualités.
Quant à Mme Shmith, elle avait des titres pour être aimée tout de suite: les bons offices qu'elle avait rendus à Anna. Elle acquit deux amis au lieu d'une, et fut la première à les visiter. Le capitaine s'acquitta envers elle en lui faisant recouvrer sa propriété des Indes.
Cette augmentation de revenu, jointe à une amélioration de santé et à la fréquentation d'aussi bons amis, entretint sa gaîté et sa vivacité, et elle défia alors les plus grandes richesses d'ajouter à son contentement; mais la source de son bonheur était en elle et dans son caractère, comme celui d'Anna était dans son cœur aimant. Anna était tout tendresse, et Wenvorth l'aima autant qu'elle en était digne. La crainte de la guerre fut la seule ombre à son bonheur. Elle se glorifiait d'être la femme d'un marin, mais il fallait payer cette gloire par les alarmes dues à cette profession, où les vertus domestiques brillent peut-être d'un plus vif éclat que les vertus patriotiques.
[TABLE]
| Chapitre | Pages. |
| I | [1] |
| II | [11] |
| III | [18] |
| IV | [28] |
| V | [34] |
| VI | [47] |
| VII | [60] |
| VIII | [70] |
| IX | [81] |
| X | [89] |
| XI | [102] |
| XII | [111] |
| XIII | [126] |
| XIV | [134] |
| XV | [142] |
| XVI | [149] |
| XVII | [158] |
| XVIII | [170] |
| XIX | [182] |
| XX | [188] |
| XXI | [197] |
| XXII | [214] |
| XXIII | [228] |
| XXIV | [246] |
Châteauroux.—Typog. et Stér. A. MAJESTÉ.