Louisa, qui avait fait quelques pas avec Henriette, les rejoignit, et Marie s'assit sur un tronc d'arbre. Tant qu'on fut autour d'elle, elle fut contente, mais quand Louisa se fut éloignée avec Wenvorth pour cueillir des noisettes, elle trouva son siège mauvais, et alla à sa recherche. Anna s'assit sur un talus, et entendit derrière elle Wenvorth et Louisa, qui se frayaient un passage dans une haie. Louisa semblait très animée et disait:
«Je l'ai fait partir; je trouvais absurde qu'elle ne fît pas cette visite. Ce n'est pas moi qui me laisserais influencer pour faire ce que je ne veux pas. Quand j'ai décidé quelque chose, je le fais. Henriette allait renoncer à aller à Wenthrop par une complaisance ridicule.
—Alors, sans vous, elle n'y serait pas allée?
—Mais oui, j'ai honte de le dire.
—Elle est bien heureuse d'avoir auprès d'elle un caractère tel que le vôtre. Ce que vous venez de dire confirme mes observations. Je ne veux pas feindre d'ignorer ce dont il s'agit: je vois que cette visite est autre chose qu'une simple visite de politesse. Si votre sœur ne sait pas résister à une demande quelconque dans une circonstance si peu importante, je les plains tous deux quand il s'agira de choses graves demandant force et fermeté. Votre sœur est une aimable personne, mais vous êtes ferme et décidée: si vous voulez la diriger pour son bonheur, donnez-lui autant de votre caractère que vous pourrez. Mais vous l'avez sans doute toujours fait. Le pire des maux est un caractère faible et indécis sur lequel on ne peut compter. On n'est jamais sûr qu'une bonne impression sera durable. Que ceux qui veulent être heureux soient fermes.»
Il cueillit une noisette. «Voici, dit-il, une noisette belle et saine qui a résisté aux tempêtes de l'automne. Pas une tache, pas une piqûre. Tandis que ses sœurs ont été foulées aux pieds, cette noisette, dit-il avec une solennité burlesque, est encore en possession de tout le bonheur auquel une noisette peut prétendre.» Puis, revenant au ton sérieux:
«Mon premier souhait pour ceux que j'aime est la fermeté. Si Louisa Musgrove veut être belle et heureuse à l'automne de sa vie, elle cultivera toutes les forces de son âme.»
Il ne reçut pas de réponse. Anna eût été surprise que Louisa pût répondre promptement à des paroles témoignant un si vif intérêt. Elle comprenait ce que Louisa ressentait. Quant à elle, elle n'osait bouger, de peur d'être vue. Un buisson de houx la protégeait. Ils s'éloignèrent: elle entendit Louisa, qui disait:
«Marie a un assez bon naturel, mais elle m'irrite quelquefois par sa déraison et son orgueil. Elle en a beaucoup trop, de l'orgueil des Elliot! Nous aurions tant désiré que Charles épousât Anna au lieu de Marie. Vous savez qu'il a demandé Anna?»
Le capitaine répondit après un silence: