Anna se demandait s'il était encore aussi sûr des avantages et du bonheur attachés à la fermeté de caractère, et s'il ne pensait pas que cette qualité, comme toute autre, a ses limites. Il ne pouvait guère manquer de reconnaître qu'un caractère facile a plus de chance de bonheur qu'un caractère très résolu.

On allait vite; la route semblait à Anna moitié moins longue que la veille. Cependant la nuit était venue quand on arriva à Uppercross. Henriette, immobile dans un coin de la voiture, la tête enveloppée dans son châle, semblait s'être endormie en pleurant. Wenvorth se pencha vers Anna et lui dit à voix basse: «J'ai songé à ce qu'il y a de mieux à faire. Henriette ne pourra supporter le premier moment; ne feriez-vous pas mieux de rester dans la voiture avec elle, tandis que je vais annoncer la nouvelle aux parents?»

Cet appel à son jugement lui fit plaisir, c'était une preuve d'amitié et de déférence.

Quand Wenvorth eut dit aux parents la triste nouvelle, quand il les vit un peu plus calmes, et Henriette contente d'être avec eux, il retourna à Lyme aussitôt que les chevaux furent reposés.


[CHAPITRE XIII]

Anna passa à Great-House les deux dernières journées de son séjour à Uppercross. Sa société et ses conseils furent d'un grand secours aux Musgrove, dans la situation d'esprit où ils se trouvaient. Ils eurent des nouvelles de Lyme le lendemain, et Charles arriva quelques heures après pour donner plus de détails. Louisa n'était pas plus mal; on ne pouvait pas espérer une guérison rapide, mais l'accident n'aurait pas de suites fâcheuses. Il ne pouvait tarir sur les louanges de Harville et de sa femme. Celle-ci avait décidé Charles et Marie à aller coucher à l'hôtel.

Marie avait eu une crise nerveuse le matin, puis elle avait été se promener avec Benwick. Son mari espérait que cela lui ferait du bien.

Charles revint encore le lendemain donner de meilleures nouvelles: la malade avait de plus longs intervalles de lucidité. Le capitaine Wenvorth paraissait installé à Lyme.

Le jour suivant, quand Anna se prépara à partir, ce fut un chagrin général. Il semblait qu'on ne pût rien faire sans elle. Alors elle leur suggéra l'idée d'aller tous s'installer à Lyme jusqu'à ce que Louisa pût être transportée. On viendrait ainsi en aide à Mme Harville, en prenant ses enfants.