Anna, entendant ces paroles, resta d'abord immobile d'émotion. Elle entra dans la chambre.

«Vous resterez pour la soigner, j'en suis sûr, lui dit-il avec un élan et une douceur qui semblaient rappeler le passé.» Elle rougit fortement, et lui, reprenant possession de lui-même, s'éloigna.

Elle dit qu'elle était prête, et heureuse de rester, qu'elle y avait pensé, et souhaité qu'on lui permît de le faire. Un lit à terre dans la chambre de Louisa lui suffirait, si Mme Harville le trouvait bon.

Wenvorth proposa de prendre une chaise de poste pour aller plus vite; et d'envoyer demain, de bonne heure, l'équipage à Uppercross pour donner des nouvelles de Louisa.

Quand Marie sut ce qu'on avait décidé, elle se récria. Elle se plaignit avec amertume de l'injustice qui lui faisait préférer Anna: elle, la sœur de Louisa. Pourquoi ne serait-elle pas aussi utile qu'Anna! et la laisser retourner sans son mari! Non, c'était vraiment trop dur! Elle en dit tant que Charles dut céder.

Jamais Anna ne s'était soumise avec plus de répugnance aux fantaisies jalouses de Marie. Elle partit pour la ville, avec Henriette, Charles et Benwick. Pendant le trajet, elle revit les endroits qui lui rappelaient les plus petits détails de la matinée: ici elle avait écouté les projets d'Henriette; plus loin, elle avait vu M. Elliot; mais elle ne put donner qu'un moment à tout ce qui n'était pas Louisa.

Le capitaine Benwick fut très attentif pour Anna; l'accident arrivé ce jour-là les avait tous unis davantage; elle sentait pour lui un redoublement de bienveillance, et pensait même avec plaisir que c'était peut-être une occasion pour elle et lui de se connaître davantage. Wenvorth les attendait avec une chaise de poste au bas de la rue. Anna fut froissée de son air surpris quand il la vit venir au lieu de Marie, et de l'exclamation qui lui échappa quand Charles lui eut dit pourquoi. Elle crut qu'elle n'était appréciée qu'en raison de son utilité.

Elle s'efforça d'être calme et juste. Pour l'amour de Wenvorth, elle eût soigné Louisa avec un zèle infatigable. Elle espéra qu'il ne serait pas longtemps assez injuste pour croire qu'elle avait reculé devant cette tâche.

Après avoir aidé Henriette à monter, Wenvorth s'assit entre elles deux; ce fut ainsi qu'Anna étonnée et émue, quitta Lyme. Ce long trajet modifierait-il leurs relations? quelle serait la conversation? Elle ne pouvait rien prévoir. Il s'occupa d'Henriette, se tournant toujours vers elle, cherchant à soutenir son espoir, à relever son courage. Il tâchait d'avoir l'air calme pour lui épargner toute agitation. Une fois seulement, comme elle déplorait la malencontreuse promenade sur le Cobb, il ne put se contenir, et s'écria:

«Ne parlez pas de cela, de grâce, Ah! Dieu! si j'avais refusé au moment fatal! Si j'avais fait mon devoir! Mais elle était si vive, si résolue, cette chère et douce Louisa.»