Anna apprit que Louisa se rétablissait à vue d'œil. Les Harville avaient promis de la ramener à Uppercross et d'y rester quelque temps.

«Je me souviendrai à l'avenir qu'il ne faut pas venir ici pendant les vacances de Noël,» dit lady Russel une fois montée en voiture.

Peu de temps après, elle arriva à Bath par un pluvieux après-midi, longeant la longue suite de rues depuis Old-Bridge jusqu'à Camben-Place, éclaboussée par les équipages, assourdie par le bruit des charrettes et des camions, par les cris de marchands de journaux et de gâteaux, ceux des laitières et des piétons, elle ne se plaignit pas: non, c'étaient là des bruits appartenant aux plaisirs de l'hiver. Elle se sentait renaître, et, comme Mme Musgrove, elle pensait, mais sans le dire, qu'après avoir été longtemps à la campagne, rien n'était si bon pour elle qu'une petite distraction tranquille.

Anna n'était pas de cet avis: elle persistait dans son antipathie pour Bath. Elle aperçut la longue suite de maisons enfumées, sans éprouver le désir de les voir de plus près: le trajet, quoique désagréable, lui sembla trop rapide, car personne ne la désirait, et elle donna un souvenir de regret à la gaîté bruyante d'Uppercross et à la solitude de Kellynch-Lodge.

La dernière lettre d'Élisabeth lui annonçait que M. Elliot était à Bath. Il était venu plusieurs fois à Camben-Place et s'était montré extrêmement attentif. Si Élisabeth et son père ne se trompaient pas, il les recherchait avec autant de soin qu'il en avait mis à les éviter. Cela était fort étonnant. Lady Russel était très curieuse et très perplexe, et rétractait déjà ce qu'elle avait dit à Anna: «Un homme qu'elle n'avait aucun désir de voir.» Maintenant elle désirait vivement le voir; s'il cherchait réellement à se réconcilier, il fallait lui pardonner de s'être écarté de la famille. Anna n'y mettait pas autant d'animation, mais elle préférait le revoir, et elle n'aurait pu en dire autant de bien d'autres à Bath. Elle descendit à Camben-Place, et lady Russel à son appartement, rue River.


[CHAPITRE XV]

Sir Walter avait loué dans le quartier aristocratique une maison de grande apparence dont lui et Élisabeth étaient très satisfaits. Anna avait le cœur triste en entrant; elle voyait devant elle un emprisonnement de plusieurs mois, et se disait avec anxiété: «Ah! quand partirai-je?»

Elle fut reçue cependant avec une cordialité inattendue qui lui fit du bien. Son père et sa sœur furent contents de l'avoir pour lui montrer la maison et l'ameublement; puis elle faisait un vis-à-vis à table, ce qui était plus gai. Mme Clay fut très aimable et souriante, c'était son habitude. Tout le monde était de bonne humeur, et bientôt Anna en sut la cause.

Après quelques questions insignifiantes, la conversation n'eut plus d'autre sujet que Bath: on se souciait peu de Kellynch, et pas du tout d'Uppercross.