Quand ils furent partis, les dames qui étaient avec le capitaine se mirent à parler d'eux.
«Miss Elliot ne déplaît pas à son cousin, je crois?
—Oh! c'est assez clair. On peut deviner ce qui arrivera. Il est toujours avec eux. Il vit à moitié dans la famille. Il a très bon air.
—Oui, et miss Atkinson, qui a dîné une fois avec lui, dit qu'elle n'a jamais vu un homme plus aimable.
—Quand on regarde bien miss Elliot, on la trouve jolie. J'avoue que je la préfère à sa sœur, malgré l'avis général.
—Moi aussi.
—Oh! sans comparaison. Mais les hommes sont tous enthousiastes de miss Elliot. Anna est trop délicate pour eux.»
Anna aurait bien voulu ne pas causer. Son cousin était plein d'attention, et choisissait des sujets propres à l'intéresser, soit des louanges sensées et justes de lady Russel, soit des insinuations contre Mme Clay. Mais Anna ne pouvait en ce moment penser qu'à Wenvorth. Elle ne pouvait deviner ce qu'il pensait, ni être calme. Elle espérait être sage et raisonnable plus tard; mais, hélas! elle devait s'avouer qu'elle ne l'était pas encore.
S'il restait à Bath, lady Russel ne pouvait manquer de le voir. Le reconnaîtrait-elle? Qu'en résulterait-il? Déjà elle avait dû dire à son amie que Louisa allait épouser Benwick et avait été gênée en voyant la surprise de lady Russel, qui ne connaissait pas bien la situation.
Le lendemain, Anna, en descendant la rue Pulleney avec lady Russel, aperçut Wenvorth sur le trottoir opposé, et ne le perdit plus de vue. Quand il fut plus près, elle regarda lady Russel et vit qu'elle observait attentivement Wenvorth. A la difficulté qu'elle avait à en détacher ses yeux, Anna comprit qu'il exerçait sur lady Russel une sorte de fascination. Elle paraissait étonnée que huit années passées dans des pays étrangers et dans le service actif ne lui eussent rien enlevé de sa bonne mine.