A la fin, lady Russel détourna la tête:

«Vous vous demandez sans doute ce qui a arrêté mes yeux si longtemps: je regardais à une fenêtre des rideaux dont lady Alis m'a parlé.»

Anna soupira et rougit de pitié et de dédain soit pour son amie, soit pour elle-même. Ce qui la vexait le plus, c'est qu'elle n'avait pu s'assurer s'il les avait aperçues.

Un jour ou deux se passèrent sans le voir, et Anna, s'imaginant plus forte qu'elle n'était, attendait avec impatience un concert donné pour le bénéfice d'une personne patronnée par lady Dalrymph. On disait qu'il serait bon, et Wenvorth aimait passionnément la musique. Elle désirait causer quelques instants avec lui, et se sentait le courage de lui adresser la parole. Ni lady Russel, ni Élisabeth n'avaient voulu le reconnaître, et elle pensait qu'elle lui devait une réparation.

Elle avait promis à Mme Shmith de passer la soirée avec elle. Elle y entra un instant, lui promettant une plus longue visite le lendemain.

«Certainement, dit Mme Shmith; seulement vous me raconterez tout. Où allez-vous?»

Anna le lui dit, et ne reçut pas de réponse. Mais quand elle sortit, Mme Shmith lui dit d'un air moitié sérieux, moitié malin:

«Ne manquez pas de venir demain. Quelque chose me dit que bientôt vous ne viendrez plus.»


[CHAPITRE XX]