—M. Elliot, continua Mme Shmith, avait alors le désir de faire rapidement fortune par un riche mariage. Il n'avait aucun secret pour moi; il me le dit, et me parlait souvent de votre père et de votre sœur.
—Peut-être, dit Anna frappée d'une idée soudaine, lui avez-vous quelquefois parlé de moi?
—Très souvent: je me vantais de connaître ma chère Anna, et je disais que vous ne ressembliez guère à........»
Elle s'arrêta brusquement.
«Cela m'explique ce que m'a dit M. Elliot hier soir. Je n'y comprenais rien. Mais je vous ai interrompue: alors M. Elliot fit un mariage d'argent? et c'est là sans doute ce qui vous ouvrit les yeux sur son caractère?»
Ici Mme Shmith hésita:
«Oh! ces choses sont trop communes pour frapper beaucoup. J'étais très jeune, gaie et insouciante. Je ne pensais qu'au plaisir. La maladie et le chagrin m'ont donné d'autres idées. Mais alors je ne voyais rien de répréhensible dans ce que faisait M. Elliot. Chercher son bien avant tout me paraissait naturel.
—Mais sa femme n'était-elle pas de basse condition?
—Oui, c'était là mon objection, mais il ne voulut rien entendre. De l'argent, c'était tout ce qu'il voulait. Le père était vitrier, le grand-père boucher. Mais elle était jolie, elle avait eu de l'éducation, et ses cousines l'avaient conduite dans la société. Le hasard lui fit rencontrer Elliot: elle l'aima. Il s'assura seulement du chiffre de la fortune. Il n'attachait pas d'importance, comme aujourd'hui, à son rang. Kellynch devait lui revenir un jour; mais en attendant il ne se souciait guère de l'honneur de la famille. Je lui ai souvent entendu dire que si une baronnie s'achetait il vendrait la sienne pour mille francs, y compris les armoiries et la devise, le nom et la livrée. Mais ce serait mal de raconter tout ce qu'il disait sur ce sujet, et cependant je dois vous donner des preuves.
—Je n'en ai pas besoin: ce que vous m'avez dit s'accorde bien avec tout ce que nous avons entendu dire. Je suis curieuse de savoir pourquoi il est si différent maintenant?