«Les expressions sont assez insolentes. Elles vous peignent l'homme. Peut-on être plus clair?»

Anna fut quelque temps à se remettre du trouble et de la mortification qu'elle avait éprouvés.

Elle fut obligée de se dire avant de recouvrer le calme nécessaire, que cette lecture était la violation du secret d'une lettre, et qu'on ne devait juger personne sur un pareil témoignage.

«Je vous remercie, dit-elle. Voici bien la preuve complète de ce que vous m'avez dit. Mais pourquoi se lier avec nous, à présent?

—Vous allez le savoir: je vous ai montré ce qu'était M. Elliot, il y a douze ans; je vais vous le montrer tel qu'il est aujourd'hui. Je ne puis vous donner des preuves écrites, mais un témoignage verbal authentique. Il désire réellement vous épouser. Ses intentions sont très sincères. Mon autorité en ceci est le colonel Wallis.

—Vous le connaissez donc?

—Non, la chose ne me vient pas si directement, mais la source n'en est pas moins bonne. M. Elliot parle à cœur ouvert de ses projets de mariage au colonel Wallis, qui me paraît un caractère sensé, prudent et observateur. Mais il a une jolie femme très sotte, à qui il dit tout ce qu'il fait; celle-ci répète tout à sa garde, qui me le redit.

—Ma chère Mme Shmith, votre autorité est en faute. Les idées que M. Elliot a sur moi n'expliquent aucunement ses efforts pour se réconcilier avec mon père. Ils étaient déjà sur un pied d'intimité quand je suis arrivée à Bath.

—Oui, je sais cela, mais..... Écoutez-moi seulement: vous jugerez bientôt s'il faut y croire, en écoutant quelques particularités que vous pourrez immédiatement contredire ou confirmer. Il vous avait vue et admirée avant d'aller à Bath sans vous connaître, est-ce vrai?

—Oui, je l'ai vu à Lyme.