Anna admira la dissimulation de Mme Clay, qui paraissait attendre avec un tel plaisir celui qui venait contre-carrer ses plans.
Il était impossible qu'elle ne détestât pas M. Elliot, et cependant il lui fallait prendre un air calme, obligeant et se montrer satisfaite d'être une simple amie pour Sir Walter, tandis qu'elle aurait bien voulu être autre chose.
Anna éprouva, en voyant M. Elliot, un pénible embarras. Maintenant qu'elle voyait clairement sa fausseté, sa déférence et ses attentions pour Sir Walter étaient odieuses; et, songeant à sa conduite avec M. Shmith, elle pouvait à peine supporter ses sourires, son air affable et l'expression de ses sentiments artificiels. Elle ne voulait ni explications, ni rupture, mais être aussi froide que la parenté le permettait. Elle fut bien aise d'apprendre qu'il quittait Bath pour deux jours.
Le lendemain elle annonça son intention d'aller passer la matinée chez lady Russel.
«Très bien, dit Élisabeth: faites-lui mes compliments; c'est tout ce que j'ai à lui dire. Rendez-lui aussi cet ennuyeux livre qu'elle a voulu me prêter. Je ne puis pourtant pas m'ennuyer à lire tous les poèmes ou toutes les statistiques qui paraissent. Lady Russel est insupportable avec ses nouvelles publications. Je l'ai trouvée horriblement mise hier soir; mais il n'est pas nécessaire que vous le lui disiez. Je croyais qu'elle avait un peu de goût, et j'ai eu honte d'elle. Un air officiel et apprêté. Et elle se tient si raide! Faites-lui mes meilleurs compliments, cela va sans dire.
—Et les miens aussi, ajouta Sir Walter, et vous pouvez dire que j'ai l'intention d'aller bientôt la voir. Soyez polie. Mais je me contenterai de laisser ma carte, il ne faut pas faire de visites le matin à de vieilles femmes. Si seulement elle mettait du rouge, elle ne craindrait pas qu'on la voie. La dernière fois que j'y suis allé, les jalousies ont été baissées immédiatement.»
Tandis qu'il parlait, on frappa, et M. et Mme Charles Musgrove furent introduits. La surprise fut grande: mais Anna seule fut contente; les autres étaient indifférents. Cependant, aussitôt qu'on sut qu'ils n'avaient pas l'intention de s'installer à la maison, Sir Walter et Élisabeth devinrent plus aimables et firent les honneurs de la maison. Élisabeth conduisit Marie dans un autre salon pour lui en faire admirer les magnificences.
Anna, restée seule avec Charles, sut alors que Henriette et Benwick étaient du voyage. Voici comment ceci avait été décidé. Ce dernier ayant affaire à Bath, Charles s'était proposé pour venir avec lui; mais Marie ne supporta pas l'idée de rester seule et mit tout projet en suspens. Heureusement Mme Musgrove mère se décida à venir à Bath avec Henriette pour acheter les toilettes de noces de ses deux filles, et elle emmena Marie.
Anna apprit que, Charles Hayter ayant obtenu une cure provisoire, les deux familles avaient consenti au mariage de leurs enfants.
«Je suis bien heureuse d'apprendre, dit Anna, que les deux sœurs qui s'aiment tant et qui ont un égal mérite, aient trouvé une situation égale. J'espère que votre père et votre mère sont tout à fait heureux.