[CHAPITRE XXII]

Une fois rentrée chez elle, Anna se mit à penser à tout cela; elle était soulagée de pouvoir juger M. Elliot librement et de ne lui plus devoir aucune amitié. Cependant elle sentait combien son père serait froissé; elle se préoccupait du chagrin et du désappointement de lady Russel, mais il fallait tout lui dire et attendre tranquillement la suite des événements. En arrivant chez elle, elle apprit que M. Elliot était venu, mais qu'il reviendrait le soir.

Je ne pensais pas à l'inviter, dit Élisabeth d'un air qu'elle affectait de rendre insouciant; mais il désirait tellement venir, du moins à ce que dit Mme Clay.

—Oui, vraiment, dit celle-ci; je n'ai jamais vu solliciter une invitation d'une manière plus pressante. J'étais réellement en peine pour lui, car votre sœur, impitoyable, semble décidée à être cruelle.

—Oh! s'écria Élisabeth, je suis trop accoutumée à ces choses pour en être touchée. Mais quand j'ai vu combien il regrettait de ne pas rencontrer mon père, j'ai cédé. Ils paraissent tous deux tellement à leur avantage quand ils sont ensemble. Leurs façons sont si parfaites; et M. Elliot est si respectueux!

—Cela est charmant, dit Mme Clay n'osant cependant regarder Anna. Ils sont comme père et fils. Chère miss Elliot, ne puis-je pas le dire?

—Oh! je laisse chacun dire ce qu'il veut; s'il vous plaît de penser ainsi! Mais il me semble que ses attentions ressemblent à celles de tout le monde.

—Ma chère miss Elliot! dit Mme Clay levant les mains et les yeux au ciel et affectant un silence étudié.

—Ma chère Pénélope, ne prenez pas l'alarme. Je l'ai invité, puis congédié avec un sourire: j'ai eu pitié de lui.»