—Je voudrais, dit Emma, qu'une bonne fée nous rendît toutes bien riches.
—Et moi aussi, s'écria Maria, avec ses yeux brillans de plaisir, en pensant avec qui elle partagerait ses richesses.
—J'accepte aussi le don de la fée, dit Elinor, avec la même pensée secrète.
—Ah! que nous serions heureuses, dit la petite Emma en frappant les mains de joie; mais je ne sais pas à quoi j'emploierais mon argent!
—Pour moi, dit la bonne maman, je ne sais ce que je ferais d'une grande fortune, si mes enfans étaient toutes riches sans mon secours.
—Votre cœur, maman, dit Elinor, trouverait assez d'enfans pour qui vous seriez la bonne fée; et puis les embellissemens de notre chaumière.
—Moi, dit Edward, je vous vois, mesdames, établies dans une des plus belles places de Londres. Ah! quel heureux jour pour les libraires, les magasins de musique, de gravures. Vous, miss Elinor, vous vous feriez d'abord un cabinet des plus beaux tableaux; pour Maria, il n'y aurait pas assez de bonne musique à Londres, elle ferait arriver toute celle d'Italie, ses livres, et les fameux poëtes; elle achetterait les éditions entières, pour qu'elles ne tombassent pas en des mains indignes... Pardon, Maria, je n'ai pas, comme vous le voyez, oublié nos anciennes disputes.
—J'aime tout ce qui me rappelle le passé, Edward, lui dit-elle; que ce soit gai ou mélancolique, vous ne m'offenserez jamais en me le rappelant. Vous avez raison d'ailleurs en supposant que j'achetterais beaucoup de livres et de musique; mais ma fortune cependant ne serait pas toute employée à cet usage, je vous assure.
—Vous en donneriez une partie, je parie, à l'auteur qui prendrait la défense de votre maxime favorite, et qui prouverait qu'on ne peut aimer qu'une fois en la vie; car votre opinion n'est pas changée, je suppose.
—Moins que jamais; à mon âge les opinions sont fixées.