Madame Charlotte Palmer était de quelques années plus jeune que lady Middleton, et totalement différente et pour la figure et pour les manières, quoiqu'elle fût dans le fond tout aussi insipide, mais dans un autre genre; ce qui prouve que l'insipidité même peut varier. Elle était petite et grasse, son teint était beau, tous ses traits jolis et gracieux, et une expression de gaîté et de contentement ne l'abandonnait jamais. Sa figure n'avait ni la noblesse, ni la beauté de celle de sa sœur, mais elle était beaucoup plus prévenante. Elle entra en souriant, elle sourit tout le temps de sa visite, excepté quand elle riait, et sourit encore en s'en allant.
Son mari formait avec elle un parfait contraste. C'était un homme de vingt-cinq à vingt-six ans, d'une assez belle figure; aussi grand et mince qu'elle était courte et ronde, aussi brun qu'elle était blanche, aussi grave et sérieux qu'elle était gaie et riante, aussi important qu'elle était affable: enfin au physique et au moral c'étaient deux êtres d'une nature différente. Il entra dans la chambre d'un air assez dédaigneux, salua légèrement les dames, sans dire un seul mot s'assit auprès d'une table, jeta un regard rapide sur elles et sur l'appartement, prit un papier nouvelle qui était sur la table, et le parcourut tout le temps de la visite.
Madame Palmer au contraire fut à peine assise, que son admiration pour tout ce qu'elle voyait éclata. Ah! mesdames, quelle délicieuse habitation! que ce salon est commode et bien arrangé! Voyez, maman, combien tout ceci est embelli depuis que je ne l'ai vu. J'ai toujours trouve le site délicieux; mais vous en avez fait tout ce qu'il y a de plus charmant. Vous ne m'aviez pas dit, ma sœur, avec quel goût tout ceci est arrangé. Ah! combien j'aimerais avoir une maison comme celle-ci! Cela n'est-il pas, possible, mon cher amour?
M. Palmer ne répondit rien, et ne leva pas les yeux de dessus le papier qu'il tenait.
—C'est à vous que je parle, mon amour. (Même silence) M. Palmer ne veut pas m'entendre, dit-elle en riant; cela lui arrive souvent. Il est si drôle quelquefois, M. Palmer; c'est qu'il a beaucoup, beaucoup d'esprit, et il est absorbé dans ses pensées: elle rit encore. Madame Dashwood les regarda tous deux d'un air étonne.
Madame Jennings de son côté achevait l'histoire de sa surprise de la veille et ne la finit que lorsqu'il n'y eut plus rien à dire. Madame Palmer rit aux éclats de l'étonnement qu'on avait eu au Parc, en les voyant arriver; et lady Middleton prit sur elle de dire bien froidement, que c'était une agréable surprise.
—Vous pouvez penser combien j'étais charmée de les voir, reprit madame Jennings, mais, ajouta-t-elle en se penchant vers Elinor, j'étais fâchée qu'ils eussent fait un si long voyage, car ils sont venus de Londres tout d'une traite, et.... une jeune mariée.... Vous comprenez.... il y avait du danger dans sa situation. Je voulais au moins qu'elle se reposât tout le jour; mais retenez ces jeunes femmes! Elle a absolument voulu venir avec nous, elle languissait de vous voir.
Madame Palmer rit, baissa les yeux, dit que ce qui faisait plaisir n'était jamais dangereux.
—Elle n'entend rien encore à cela, reprit sa mère; une première grossesse... Vous comprenez. Elle doit je pense accoucher en février.
Lady Middleton excédée d'une conversation aussi triviale, l'interrompit pour demander à M. Palmer, s'il y avait quelque chose de nouveau dans les papiers.