—Et qu'est-ce que vous répondit le colonel?
—Oh! rien, presque rien; mais il devint rouge, et puis pâle. J'ai bien vu cela; c'est comme s'il avait dit que c'était bien vrai et de ce moment j'en ai été certaine. Comme ce sera délicieux! ce mariage aura-t-il lieu bientôt?
Elinor dédaigna de répondre. M. Brandon se portait bien, j'espère, dit-elle après un instant de silence.
—Oh! oui, très-bien, et il était si plein de vos mérites, que je ne sais ce qu'il ne m'a pas dit de vous.
—Je suis bien flattée de son suffrage; il me paraît un excellent homme, et il me plaît beaucoup.
—Et à moi aussi, je vous assure; c'est un charmant homme que le colonel Brandon. C'est seulement grand dommage qu'il soit si sombre et si ennuyeux. Maman dit qu'il était aussi amoureux de votre sœur; moi je ne puis le croire, il est si grave; je ne l'ai jamais vu amoureux de personne.
—Est-ce que M. Willoughby est répandu dans la bonne société de Sommerset-shire, dit encore Elinor?
—Oh oui! très répandu: je ne crois pas cependant que beaucoup de gens le connaissent; Haute-Combe est si loin et il y est si peu; mais on le trouve très-agréable, je vous assure; personne n'est plus aimé que lui de toutes les femmes; vous pouvez le dire à votre sœur. Elle est bien heureuse d'avoir fait sa connaissance; il est si riche! Au reste elle est très-belle aussi, et rien n'est trop beau pour elle. Cependant, je vous assure que je vous trouve, moi, presque aussi jolie qu'elle, et M. Palmer aussi; car il disait hier au soir qu'il ne pouvait pas vous distinguer. Quant à moi je vous admire beaucoup toutes deux; je suis charmée d'avoir fait votre connaissance, et j'espère vous revoir souvent. Il me vient une charmante pensée; il faut à présent que vous épousiez le colonel Brandon: ne le voulez-vous pas? cela peut fort bien aller à présent.
Elinor ne put s'empêcher de rire. Pourquoi à présent demanda-t-elle?
—Pourquoi? ah! je sais bien pourquoi je dis cela, et je veux bien vous le dire; c'est qu'à présent je suis mariée: voyez, c'est l'intime ami de mon beau-frère. Sir Georges et maman s'étaient mis dans la tête qu'il devait m'épouser; ma sœur aussi le désirait beaucoup; c'était une affaire arrangée. Mais le colonel n'en parla point; sans quoi on nous aurait mariés immédiatement. Maman dit cependant que j'étais trop jeune; et aussitôt après M. Palmer me fit la cour, et je l'aime beaucoup mieux; il est si drôle M. Palmer, c'est justement le mari qu'il me fallait pour être heureuse.