—Vous me nommez heureuse, Maria, ah! si vous saviez.....
Maria la regarda avec un tel effroi, qu'elle se hâta d'ajouter.—Si vous saviez combien je sens votre douleur! Pouvez-vous me croire heureuse quand je vous vois aussi souffrante!
—Pardonnez-moi, oh! pardonnez-moi, lui dit Maria en jetant ses bras autour du cou de sa sœur; je connais votre cœur, je sais qu'il souffre pour moi, mais je voulais dire que vous seriez sûrement heureuse une fois. Edward vous aime, il n'a jamais aimé que vous seule au monde. Ah! qu'est-ce qu'un tel bonheur ne peut pas compenser, et rien ne peut vous l'ôter.
—Rien, Maria! Mille, mille circonstances peuvent le détruire à jamais.
—Non, non, non, s'écria Maria avec véhémence, il vous aime, vous serez à lui pour la vie; le malheur ne peut vous atteindre.
—Le malheur, chère Maria, va presque toujours à la suite de la vie; et je ne puis avoir aucun plaisir tant que je vous verrai dans cet état.
—Et jamais vous ne me verrez autrement; mon malheur durera autant que moi. Oh! puissions-nous bientôt finir ensemble!
—Vous ne devez pas parler ainsi, Maria. N'avez-vous donc point d'amis? L'amour est-il tout pour vous? Est-ce que vous ne voyez autour de vous nulle consolation? Pensez, Maria, que vous auriez souffert mille fois plus encore si vous aviez quelque chose à vous reprocher de vraiment répréhensible, si seulement cet homme faux et cruel s'était amusé à prolonger votre erreur, à ne dévoiler son odieux caractère qu'après vous avoir entraînée dans une suite d'imprudences. Chaque jour de confiance en sa foi, en son honneur, augmentait le danger, et aurait rendu le coup plus cruel, lorsqu'il aurait enfin, comme aujourd'hui, rompu ses engagemens, et trahi ses sermens et sa foi.
—Ses sermens, ses engagemens, dit Maria, que voulez-vous dire, Elinor? il ne m'a point fait de serment, il n'y avait entre nous nul engagement.
—Bon Dieu! nul engagement s'écria Elinor.