—Je voulais parler; dit Elinor en prenant aussi son ouvrage, de.... non pas de madame Ferrars la mère, mais de la jeune madame Ferrars. Elle ne leva pas les yeux, n'osant pas le regarder. Madame Dashwood et ses deux cadettes, au contraire, tournèrent les yeux sur lui. Il rougissait, était en perplexité; enfin, après quelque hésitation, il dit: Peut-être vous entendez la femme de mon frère, madame Robert Ferrars?
—Madame Robert Ferrars! Ce nom fut répété par madame Dashwood et par Maria avec l'accent de la surprise. Elinor ne pouvait dire un seul mot, ne savait ce qu'elle entendait, et ses yeux attachés sur lui demandaient une explication.
—Peut-être vous ne savez pas, dit-il d'une voix un peu plus ferme..... il me paraît à présent que vous ignorez que mon frère, s'est marié dernièrement avec la plus jeune des.... avec mademoiselle Lucy Stéeles?
Ces paroles furent répétées en écho; excepté par Elinor. Toute sa présence d'esprit, toute sa fermeté l'avaient abandonnée. Elle sentit qu'elle allait ou se trouver mal, ou fondre en larmes, et n'eut que la force de se lever et de passer dans la chambre à manger. Sa mère qui l'avait vue pâlir, la suivit immédiatement. Edward aurait bien voulu en faire autant; il fut retenu non seulement par sa timidité naturelle, mais par Maria qui vint à lui au moment où sa mère et sa sœur furent sorties, et lui prit vivement les deux mains entre les siennes, en lui disant: O Edward! ô mon ami! mon frère! dites, répétez encore que vous êtes libre, que Lucy est mariée, et que ce n'est pas avec vous!
—Ah! non, non, grâce au ciel! pas avec moi..... Mais Elinor? dit-il en regardant vers la porte avec inquiétude; ah! Maria, s'il est vrai que je suis votre ami, votre frère, conduisez-moi aux pieds d'Elinor et de votre mère.... Je me suis cru rejeté pour toujours quand j'ai vu votre réception; à présent je retrouve la vie et l'espoir du pardon.
—Faut-il aussi vous pardonner d'avoir coupé mon étui? dit Emma en relevant les petites pièces de maroquin et en les lui montrant dans sa main.
—Allons, dit Maria en passant son bras sous le sien, allons trouver ma mère et ma sœur. Vous avez mon aveu; mais tout dépend d'elles.
—Et j'ose compter sur leur bonté, dit l'heureux Edward.
Ils passèrent dans la salle à manger, où la mère et la fille pleuraient de joie dans les bras l'une de l'autre.....