«Vous ne pouvez continuer votre voyage sans bêtes de somme: je vais vous prêter des mulets excellents, et mon fils vous servira de guide.
—Je veux bien louer tes mulets, mais un guide m'est inutile, a répondu Marcel; je te montrerais le chemin de Suse.
—Peu importe, Fellahyé vous accompagnera: sa présence assurera votre sécurité. Que lui donnerez-vous?
—Cinq krans et ma bénédiction.
—Un demi-toman! perdez-vous la tête? vous moquez-vous de moi? Je ne vous tiens pas quitte à moins de cent cinquante krans; demain j'exigerai le double, après-demain trois fois autant; s'il vous plaît de passer l'hiver ici ou de me céder vos bagages, libre à vous.
—Prends garde! Avant de menacer, lis cette lettre de M'sban adressée à tous les cheikhs Beni-Laam.
—M'sban, M'sban! Me fera-t-il grâce d'un chaï quand il enverra réclamer le malyat (impôt des barbes)?»
Et Menchet s'est retiré fort perplexe.
Dix minutes plus tard se présente Mahmoud:
«Saheb, pendant mon sommeil on m'a volé le sac de riz; la boîte à thé est pleine de cendres; j'ai vainement cherché un mouton, des poulets gras ou maigres: pas un Arabe n'ose désobéir au cheikh, qui a défendu de vous rien vendre. Que faire? que devenir? Allah Kérim, nous sommes morts!»