—Vous vous mêlez de mes affaires! rugit Fellahyé revenu de sa stupeur. Cette caravane m'appartient; je vais chercher des amis et vous compterez sans l'aide de vos doigts ce qu'il en restera demain.
—Ah!... cette caravane t'appartient! Viens la prendre!»
Et je reste maîtresse du champ de bataille, tandis que notre guide enfourche sa jument et disparaît derrière la falaise. Les Dizfoulis perdent la tête et poussent des cris désespérés: «Fellahyé, ne pars pas, Khanoum te laissera prendre tout le riz du mollah! Khanoum, priez-le de rester, sinon nous serons battus et volés! Allah! Allah! Il part,... il s'éloigne!...» Ces appels éveillent l'attention de Marcel et de nos deux camarades; ils accourent.
«Qu'y a-t-il? demande mon mari.
—C'est la faute de Khanoum, qui a empêché Fellahyé de battre le mollah.» Et ils se mettent à pleurer: «Hi, hi, hi! Il a dit qu'il s'emparerait de la caravane, hi, hi, hi.... Saheb, montez à cheval, courez, rappelez-le, qu'il ne s'éloigne pas, ou nous sommes perdus!
—Êtes-vous fous? Me prenez-vous pour un chacal? Considérez ces armes et ces caisses de balles. Avez-vous été pillés hier, bien que vous vous soyez trouvés en présence de plus de vingt cavaliers?»
Puis mon mari m'a conduite à l'écart. Quel sermon m'a valu mon accès de don-quichottisme! Pouvais-je supposer que les Dizfoulis, comme la femme de Sganarelle, se plaindraient de n'être point assez battus? J'ai dû laisser passer l'orage.
En croirai-je mes yeux? Voici Fellahyé!
Comment! il n'est point à la tête de trente brigands! Il a bien mal employé son temps depuis une heure.
«Saheb, je m'en retourne; donnez-moi les quinze tomans promis à mon père.