—J'ai signifié à Menchet que tes services m'étaient inutiles; tu m'as accompagné malgré ma volonté. D'ailleurs, je suis très mécontent de toi; n'as-tu pas honte de frapper des vieillards, des gens qui voyagent en ma compagnie?
CAMPEMENT SUR LES BORDS DE LA KERKHA. (Voyez p. 249.)
—Ah! elle est jolie votre compagnie! Ces misérables chiens valent-ils seulement la peine qu'on s'intéresse à leur peau? Ils sont quinze et ne tiendraient pas tête à une femme courageuse. Les Dizfoulis ont de l'eau dans les veines, et un chiffon en guise de cœur. Les Faranguis sont des braves; si ma tribu vivait près de Suse, nous deviendrions frères. Vous ne voulez rien me donner?
—Demain je te compterai un anam de cinq krans, pas un rouge chaï de plus. Encore attendrai-je que nous ayons touché sains et saufs le territoire persan.
—Oui, afin que ces méchantes bêtes aillent avertir mes ennemis les Loris de Kérim Khan! Bonsoir, vous aurez de mes nouvelles.»
Gravissons la falaise. Dans quelle direction Fellahyé porte-t-il ses pas? Je l'aperçois courant sur quelques âniers. Ne nous sachant pas si près d'eux, ces pauvres diables étaient demeurés sous bois, et comptaient, dès la tombée du jour, poursuivre leur marche en toute tranquillité.
L'héritier de Menchet culbute les ânes, arrache le turban d'un conducteur récalcitrant, fait ouvrir les charges et s'empare de plusieurs objets que la distance m'empêche de distinguer.
«Cours défendre ces amis!» me dit mon mari.