Partout des murs énormes construits en briques crues, fondés à de grandes profondeurs, coupés de puits et lardés de cimetières.

A part les renseignements fournis sur la poliorcétique ancienne, les superbes émaux découverts autour d'une urne funéraire, de jolies poteries, une petite tête d'ivoire, des coupes de calcaire nummulitique, des formules magiques écrites en caractères hébraïques, des cylindres, des sceaux, des armes, des inscriptions, des fioles de verre, des monnaies parthes, les fouilles exécutées sur le deuxième tumulus furent peu fructueuses. Elles accaparèrent pourtant les deux tiers des ouvriers, exigèrent une surveillance constante et absorbèrent tous les efforts de la mission. La profondeur à laquelle il faudrait les conduire ne saurait aujourd'hui militer en leur faveur.

Reste le tumulus achéménide. Trois à quatre mètres de terre recouvrent le dallage de la cour ménagée devant la salle du trône; sur l'apadâna lui-même, sur ces taureaux de pierre dont nous dûmes l'année dernière abandonner l'extraction pour les préserver du vandalisme des pèlerins, l'épaisseur du remblai atteint à peine deux mètres. Ce sont des conditions éminemment avantageuses. Au surplus, le tumulus achéménide, traité comme un paria, s'est vengé de nos mépris en nous fournissant une abondante moisson.

Telle qu'elle avait été réglée jusqu'ici, la direction donnée aux fouilles était parfaite. Il ne pouvait entrer dans les idées de mon mari de rechercher de petits monuments, comme le fait un marchand d'antiquités. Les grandes lignes d'une architecture, l'art constructif, suprêmes manifestations du développement intellectuel et économique d'un peuple, lui paraissaient seuls dignes de ses efforts.

La reconstitution du palais, de la maison, l'étude de la fortification importent bien autrement que des documents mal datés et d'origine douteuse. D'ailleurs, Marcel pensait que, l'édifice retrouvé, les objets de vitrine afflueraient par surcroît. La découverte des pylônes n'a-t-elle pas été le prélude de l'exhumation des lions?

Que les temps sont changés!

En quatre mois, avec une somme bien minime—à peine quinze mille francs,—nous devons achever notre œuvre. Comment pourrait-il être question de poursuivre un travail d'ensemble? Peu importe à l'État que l'on multiplie des sondages et que l'on jalonne un chemin que des Français ne parcourront pas! Enrichissons nos musées, moissonnons la récolte semée l'hiver dernier.

S'il ne nous est pas permis de ressusciter les somptueux palais de ces Grands Rois, suprêmes arbitres de la Grèce, que l'on puisse au moins contempler leurs débris!

La citadelle sera abandonnée. Libre aux malvacées de l'ensevelir sous une arborescente végétation, libre aux bergers d'y conduire leurs troupeaux haletants, libre aux grands serpents qu'apeurait le bruit des pioches de dérouler leurs anneaux sur ses flancs décharnés. Les orgueilleuses tours et les remparts du Memnonium, splendeurs évanouies, resteront confondus dans la poussière des siècles.

«La terre est juste: l'abîme s'ouvre également au dernier d'entre nous et pour les fils des dieux.