«Je ne pourrai, a-t-il conclu, évacuer Suse au 1er avril si vous m'empêchez d'acheminer les convois au moment propice.»
D'autre part, Mirza, l'un de nos meilleurs ouvriers, s'est dirigé vers la ville avec l'ordre secret de voir le seïd tcharvadar et de l'amener à Suse: «non pour commencer les transports, mais afin d'atteler à la charrette vide les fils d'animaux qui ne connurent jamais que les charmes du bât.»
1er février.—Mirza est de retour. Nos émissaires ne font pas long séjour à Dizfoul. Les nouvelles sont mauvaises, très mauvaises: marchands du bazar, prêtres, ferrachs ont unanimement raconté que, d'après les instructions reçues d'Ispahan, les Faranguis seraient obligés de transporter à Téhéran les objets provenant des fouilles, afin que Sa Majesté puisse les écrémer.
CHARGEMENT DES CAISSES. (Voyez p. 319.)
Si le Chah prétend faire passer les pyles persiques au taureau bicéphale, il peut mettre à la disposition de Marcel l'armée et les revenus de l'Arabistan.
Quant au seïd, on le verra bientôt. Peu lui importe de faire entrer ses mulets à l'école, pourvu qu'ils soient payés comme s'ils étaient savants.
6 février.—Notre vie est ballottée entre des inquiétudes cruelles, d'amères déceptions et des retours à l'espérance. Seïd Ali, le roi des seïds, endetté, colère, brutal, à demi fou, arrivait avant-hier, accompagné de trois tcharvadars et de onze mulets vigoureux: quatorze personnes, affirmait-il.
Les cours de charrette ont été ouverts sans délai. D'abord épouvantées, rétives, les bêtes brisèrent quelques pièces des harnais, sans déplacer le véhicule. Un malin eut l'idée de faire précéder l'attelage par une jolie jument. Quatre écoliers aux longues oreilles emboîtèrent le pas derrière elle, et la prolonge s'ébranla. Alors les mulets, pensant que le tonnerre grondait sur leurs talons, se retournèrent avec un effroi des plus comiques. Quant aux rebelles, les poils dressés, les yeux démesurément ouverts, ils regardaient passer avec stupéfaction et terreur leurs camarades plus dociles. Cette première expérience, en somme rassurante, a comblé de joie les muletiers, fort émus de ces «diableries», et calmé les inquiétudes des Faranguis, si embarrassés de leurs trouvailles. Chaque jour amène un progrès marqué; mais que deviendront nos élèves quand il s'agira d'entrer dans les classes supérieures, c'est-à-dire de traîner les charrettes pleines!
8 février.—L'emballage du chapiteau se poursuit avec ardeur. La chèvre a été montée et mâtée.