MIMOSA A BENDER-ABBAS. (Voyez p. 39.)
III
A bord de l'Assyria.—Bender-Abbas.—Chah Abbas et la Compagnie des Indes.—Destruction d'Ormuzd.—Gombroun.—Linga.—Bahreïn.—Les pêcheries de perles.
23 janvier.—J'ai vu la terre des Indes, mais, hélas! de trop loin pour présenter mes respects aux célèbres alligators qui sont, paraît-il, le plus bel ornement de Kurachee. Comme nous approchions d'une côte fort basse, les timoniers signalèrent un steamer appartenant à la flotte du golfe Persique. Il attendait, sous pression, un passager du Huzara, le nouveau directeur du service sanitaire de la Compagnie.
Arrivée au port vers trois heures, la mission était transportée sans délai à bord de l'Assyria. Puisse ce nom être d'heureux augure!
Nous sommes seuls à l'arrière. L'avant est encombré de pèlerins arabes, persans et indiens. Allah me préserve de mettre en doute la piété des musulmans; mais, sans médire de leur ferveur, il est bien permis d'attribuer leurs incessantes pérégrinations au plaisir de quitter de trop nombreuses épouses, de voir des pays nouveaux et de se décharger du souci des affaires sous un prétexte honnête ou même louable. Quel que soit leur but, les habitants du littoral de la mer des Indes et du golfe Persique envahissent, semblables à des troupeaux humains, les paquebots de la British India. Troupeaux, c'est le mot, car, parqués au-dessus de leurs bagages, abrités de la pluie ou du soleil par une simple toile, ils demeurent immobiles durant toute la traversée et n'abandonnent leur place que pour assister matin et soir aux distributions d'eau ou préparer à tour de rôle, dans des cuisines larges de deux pieds, le pilau quotidien.
27 janvier.—L'Assyria vient de ranger Ormuzd et de faire sa première escale à Bender-Abbas, dans une rade immense, où pourraient manœuvrer les flottes de l'Europe.
A droite, à gauche, le long de la côte jaune se montrent des jardins et un grand nombre de villages; au centre s'étend la cité persane, que domine un rideau de montagnes neigeuses.
On jette l'ancre à trois milles de terre, auprès d'un navire démâté mouillé sur la limite des bas-fonds. Ce ponton sert de magasin et d'entrepôt aux bateaux de la Compagnie. Une partie du chargement de l'Assyria étant à destination de Bender-Abbas, nous avons le temps de débarquer. Le belem qui vient chercher la poste se dirige vers un môle ruiné. Il ne l'atteint pas. Comme à Obock, le trajet s'achève à dos d'homme.