8 mars.—Jean-Marie avait accompagné M. Houssay jusqu'au Chaour, l'obstacle le plus sérieux qui se présente entre Suse et Ahwaz. Le voici de retour; le gué a été franchi après trois jours d'effroyables efforts. Tranquille de ce côté, Marcel voulut rendre au gouverneur une visite dont les résultats avaient été si heureux. Nous ne partîmes pas sans appréhension: c'était la première fois que nous abandonnions le camp.
Après avoir déjeuné sur les bords de l'Ab-Dizfoul, nous avançâmes solennels, ainsi qu'il convient à des personnages de gros os. Mirza Tagui, Mçaoud, quatre cavaliers sous les ordres d'Abbas, homme de confiance de Papi Khan, formaient l'escorte.
Que faire, si ce n'est causer?
«Logeras-tu au palais, ou t'installeras-tu avec tes camarades? ai-je demandé à Abbas.
—Les cavaliers iront au caravansérail, je me rendrai chez ma femme.
—Comment, toi, un nomade, tu as deux femmes! Préfères-tu celle de la ville à celle des champs?
—Je suis le serviteur de celle chez qui je me rends. L'Arabe est jalouse; j'ai la certitude qu'elle me battra, mais je m'excuserai d'être venu ici en arguant de vos ordres.
—La Dizfoulie est-elle plus accommodante?
—Elle me reçoit bien quand je lui porte de l'argent; il lui est indifférent de ne pas me voir.
—Pourquoi émiettes-tu ton cœur?