18 mars.—Le seïd tcharvadar s'était montré ravi de l'étrenne que Marcel lui avait donnée au retour.
Aujourd'hui autre antienne:
«J'interromps les transports si vous ne doublez les prix! J'emmène mes mulets au hammam de Dizfoul! Ils ont bien mérité qu'on leur fasse la barbe et qu'on leur coupe les cheveux!
»Pauvres enfants, chères âmes! Dans quel état vous ont mis les Faranguis! Je m'en vais! on ne me reverra plus ici!»
Ali Toufangtchi essaye de ramener le seïd dans la bonne voie. Bataille. On se prend la barbe, le volumineux turban bleu roule dans la poussière.
«Je demande justice de ce chien!... Holà les courriers! Voici mes dépêches! Portez-les au roi, à Zellè Sultan; à Téhéran, à Ispahan. Dites à tous que je coiffe le plus gros turban de l'Arabistan!»
Le digne seïd est gris. Gris comme un Polonais? Non: gris comme un Persan.
En l'honneur du No Rouz (nouvel an), muletiers, serviteurs, ouvriers, ont laissé leur raison au fond de quelques bouteilles d'arak; Mçaoud voit des lions partout: heureusement qu'il a son couteau!
Mahomet eut raison d'interdire les boissons alcooliques aux adeptes de sa religion. Du lait fermenté, des dattes, des raisins absorbés au milieu du jour, et voilà mon Arabe féroce, fou à lier.
Je laisse à penser quel effet produit l'eau-de-vie de dattes sur ces têtes fragiles.