4 avril.—Nous voici dans la partie la plus mal famée du désert. La Kerkha roule ses eaux tumultueuses à cinq cents mètres de distance; au delà s'étend la Turquie, où les Arabes trouvent l'impunité. Sur la terre osmanli vivent des bandits moralement alliés à la tribu de Menchet.

TCHARVADAR.

Baker, le chef de la caravane, s'attend à être attaqué, s'installe en conséquence et plante la tente sous une jungle touffue. On mènera boire les animaux dans une anse du fleuve que dissimulent les saules; puis les caisses, disposées en murailles, formeront autour du camp un rempart improvisé.

La tactique des nomades est invariable. Soit qu'une razzia s'exécute la nuit, soit qu'elle ait lieu de jour, les Arabes assomment les muletiers, s'emparent des bêtes de somme, grimpent sur leur dos et s'enfuient, quitte à revenir plus tard chercher les charges moins prisées et plus difficilement négociables que les mulets et les chameaux. La surveillance et la défense doivent se concentrer sur les animaux.

Tout est paisible; au ciel, pas de lune; sur la terre, des ténèbres profondes. Quatre muletiers, assis aux angles du rempart, monteront la garde. Que de chansons à composer!

5 avril.—Dure nuit, dure journée! Vers onze heures du soir, les sentinelles donnaient l'alarme. Nous saisîmes les armes couchées à nos côtés et jetâmes de la terre sur le feu, afin de ne pas servir de cible nocturne.

Marcel envoya les balles des revolvers et des carabines dans la direction indiquée par les tcharvadars, tandis que je rechargeais les armes.

Entre le troisième et le quatrième coup de feu j'entendis un cri et ces mots: «Ce sont les Faranguis!» Les grandes herbes s'agitèrent, puis la jungle rentra dans le calme.

A l'aube, les muletiers nous prièrent d'escorter leurs bêtes jusqu'à l'anse où ils s'étaient abreuvés la veille. Sur le sable, les traces fraîches de pieds déchaux. Vingt minutes plus tard la caravane était en route.