Patrons et acheteurs surveillent avec la même vigilance la séparation de la coquille et du manteau. Les ouvriers employés à ce travail sont trop peu vêtus pour qu'il soit nécessaire de visiter leurs poches chaque soir; on se contente, quand l'un d'eux porte la main à la bouche, de le purger avec énergie et de nettoyer ainsi les cachettes les plus discrètes. Le prix des objets dérobés fait pardonner cet abus de l'huile de ricin.
«Les plongeurs, dit Maçoudi, ne se nourrissent que de poissons, de dattes et d'aliments du même genre; on leur fend le bas de l'oreille pour laisser passage à la respiration, attendu qu'ils bouchent leurs narines avec un appareil taillé en fer de flèche, fait de zebel, qui est l'écaille de la tortue marine dont on fabrique les peignes, ou bien encore en corne, mais jamais de bois; ils portent dans les oreilles du coton imprégné d'huile, dont ils expriment une faible partie lorsqu'ils sont au fond de la mer, ce qui les éclaire comme une lumière. Ils enduisent leurs pieds et leurs cuisses d'une matière noire, qui fait fuir au loin les monstres marins par lesquels ils craindraient d'être engloutis. Quand ils sont au fond de la mer, ils poussent des cris semblables aux aboiements des chiens et dont le bruit perçant leur sert à communiquer entre eux[2].»
[2] Maçoudi, les Prairies d'or. Texte et traduction de M. Barbier de Meynard, t. I, p. 329.
BAZAR DE BAHREÏN.
La perle est un bijou si seyant, que dès la plus haute antiquité elle acquit une grande valeur. La Chine comptait au nombre de ses taxes un tribut payé en perles, et le Rh'ya, dictionnaire des compilations, écrit, dit-on, plus de mille ans avant Jésus-Christ, la signale comme originaire des provinces occidentales du Céleste-Empire. Les Grecs la mirent au rang des objets précieux; la loi romaine la classait parmi les valeurs transmissibles aux descendants; un collier de perles était le symbole de l'union conjugale.
Quelques auteurs anciens voyaient dans la perle l'œuf du mollusque.
Pline faisait remonter les huîtres des profondeurs où la nature les a reléguées, et leur confiait le soin charmant de transformer en perles les gouttes de rosée recueillies, au mois de mai, entre la coquille et le manteau.
La génération des huîtres mères, contée par les Indiens Paravas, ne le cède en gracieuse fantaisie à aucune légende: Vénus elle-même ne rougirait pas de pareille origine. A l'époque des grandes pluies, l'eau des torrents s'écoule dans la mer sans se mêler avec les ondes amères; elle s'épaissit au soleil, forme une crème blanche qui se divise en légers fragments; chacun d'eux prend vie, devient un animal dont la peau s'épaissit et acquiert finalement une telle consistance, que son poids l'entraîne au fond de la mer, où il revêt la forme d'une huître. Des esprits satisfaits d'une pareille version devaient expliquer sans peine la présence de la perle dans la coquille.
Mais, de tous les poètes, qui fut plus poète que Saadi?