«Une goutte de pluie tomba du sein des nuages; en voyant la mer immense, elle demeura toute confuse. Que suis-je, dit-elle, à côté de l'Océan? En vérité, je me perds et disparais dans son immensité!

«En récompense de cet aveu modeste, elle fut recueillie et nourrie dans la nacre d'une coquille; par les soins de la Providence, elle devint une perle de grand prix et orna le diadème des rois. Elle fut grande parce qu'elle avait été humble, elle obtint l'existence parce qu'elle s'était assimilée au néant[3]

[3] Saadi, le Boustan. Traduction de M. Barbier de Meynard, p. 181.

La vérité fait toujours mauvaise figure auprès de la fiction: oyez plutôt. La perle, formée de couches concentriques, serait une concrétion calcaire mêlée à une substance organique. Elle ressemblerait à la nacre de certains mollusques, et l'on provoquerait même son développement artificiel soit en pratiquant une piqûre dans les valves, soit en introduisant un corps étranger entre la coquille et le manteau. Ce corps étranger deviendrait une source d'irritation et déterminerait autour de lui le dépôt de la précieuse nacre.

PALAIS DU CHEIKH DE BAHREÏN. (Voyez p. 44.)

Tous les mollusques ne sont pas des ouvriers également habiles. Les artistes fabriquent des globules sphériques; d'autres façonnent des poires; les paresseux engendrent des perles attachées à la coquille nommées «boutons de perles»; les incohérents composent les perles bossuées ou baroques si heureusement utilisés par les artistes de la Renaissance. La loupe employée en sertissages, et la semence, comprenant les plus petites perles, sont l'œuvre des apprentis.

Il ne faut pas considérer seulement la forme d'une perle, mais encore son eau et son orient. L'eau est la couleur; les teintes varient du blanc azuré ou argenté, au blanc jaunâtre, au jaune d'or plus ou moins vif, au rose, au bleu, au lilas et au noir. Les perles de toute eau offrent des cercles de nuances différentes qui rendent leur éclat moins parfait: elles sont dites «rubanées». En Occident on estime surtout la couleur blanche et ses variétés azurées ou jaunes. Les Arabes préfèrent la teinte jaune, indice d'inaltérabilité. On entend par orient la pureté, le chatoiement, l'éclat, qualités qui, réunies, triplent quelquefois la valeur de perles de grosseur égale.

Les anciens recevaient leurs perles des Indes et du golfe Persique: le mot grec margaritis, dérivé du persan mèrvarid, témoigne de cette origine. On en a découvert de nouveaux bancs sur les côtes d'Australie, d'Amérique et autour de quelques îles de l'océan Pacifique. Les pêcheries de Bahreïn ne sont pas moins fort actives: au printemps elles occupent quinze cents bateaux et donnent un revenu annuel de dix millions, dont la population indigène ne profite guère.

Pas une perle dans le bazar: toutes sont vendues et emportées dès la fin de la pêche.