Prenons la clef des champs. Holà, les âniers!

Le sol est boueux et les sentiers glissants: peu importe, nos montures ont des ailes et nous amènent, après une série de chutes variées, au pied d'une vieille mosquée que signalent deux minarets encore debout. Cet édifice, jadis très vaste, a subi de nombreuses restaurations.

Procès-verbaux de réfections, élégants chapiteaux ornés d'épigraphes, nombreuses inscriptions à la louange d'Allah, dalles funéraires appliquées deci, delà, diront l'histoire de l'édifice à qui aura le loisir d'interroger les textes.

Non loin des ruines jaillissent des sources chaudes d'une merveilleuse transparence. Le cristal le plus pur paraîtrait trouble à côté d'elles. Autour du griffon, puis le long des canaux qui déversent dans des rigoles d'irrigation l'eau d'un puits artésien, s'étendent des champs de luzerne semés en planches comme nos potagers, et si verts, et si beaux, que chaque tige de fourrage semble pousser en serre chaude. Ce sont des jardins, toujours des jardins, traversés au galop des baudets, sous les feuilles ruisselantes des magnolias et des dattiers, sous les fleurs jaunes des mimosas vaporeux dont les troncs servent d'appui à des chèvrefeuilles embaumés. Une multitude de huttes recouvertes de nattes en feuilles de palmier, des cultivateurs habillés de blanc et des femmes vêtues de rouge jettent au milieu des bois une note vivante qui complète le charme du paysage.

Éloignez-vous de ma mémoire, rives du Nil et du Chat-el-Arab, roseraies parfumées d'Ispahan et de Chiraz: auprès de Bahreïn vous êtes de tristes déserts!

CHAPITEAU DE LA MOSQUÉE DE BAHREÏN.

IMAM-ZADÉ NEÏZAN. (Voyez p. 65.)

IV