La sagesse des nations triomphait: fontaines de Perse, j'allais encore boire de vos eaux!
Sur la demande de M. Charmes, le ministère de l'Instruction publique ajouta un supplément de dix mille francs à ces premiers fonds; la Guerre prêta tentes, armes et harnachements; la Marine offrit de transporter le personnel à Aden; deux jeunes gens, sortis, l'un de l'école des Ponts et Chaussées, l'autre de l'École Normale, furent choisis par leurs directeurs respectifs et placés sous les ordres de mon mari.
M. de Ronchaud se préoccupa ensuite de l'obtention des firmans: la mission eût couru à un insuccès certain, si elle n'eût été nantie d'un ordre royal.
L'autorisation, sollicitée par voie diplomatique, fut refusée en termes nets et concis. Le télégraphe nous apporta cette mauvaise nouvelle; un mois ne s'était pas écoulé depuis qu'on avait demandé les firmans. Et l'on se plaint des atermoiements et des tergiversations de la diplomatie orientale!
Une pareille réponse était trop prompte pour paraître définitive. Il s'agissait de mieux orienter nos voiles.
Marcel était demeuré dans des termes affectueux avec le docteur Tholozan, médecin et ami de Nasr ed-Din chah. Pendant la durée de notre premier voyage, nous avions dû à ses recommandations de pénétrer dans les mosquées les mieux closes; souvent même notre sécurité avait dépendu de ses soins. Ce fut à lui que nous eûmes recours.
Pendant que notre ministre engageait de nouvelles négociations avec le gouvernement persan, le docteur Tholozan s'adressait directement au chah. Il intéressa le roi à des travaux qui devaient mettre en lumière l'histoire glorieuse de ses antiques prédécesseurs; il lui parla de l'admiration de l'Europe pour le caractère d'un prince jaloux de favoriser les efforts du monde savant. Si Nasr ed-Din chah ne tolère pas volontiers la contradiction, il est accessible néanmoins à des considérations d'un ordre élevé. On ne fait jamais un vain appel à ses sentiments généreux. Nous en eûmes bientôt la preuve.
Le gouvernement persan présenta quelques observations relatives aux tribus pillardes de l'Arabistan, formula des craintes au sujet du fanatisme local, fit des réserves concernant le tombeau de Daniel, exigea le partage des objets découverts, réclama l'entière propriété des métaux précieux, et nous accorda l'autorisation de fouiller les tumulus élamites.
Une dépêche parvenue dans les derniers jours de novembre 1884 faisait pressentir cette heureuse solution. Le général Nazare-Aga, qui s'était entremis avec bienveillance dans cette négociation, confirma bientôt ce premier télégramme.
Le temps pressait. Comme les firmans ne pouvaient être reçus avant deux mois, il fut convenu que ces pièces seraient expédiées sur le port de Bouchyr, où nous devions stationner quelques jours. La durée de notre voyage laissait aux scribes royaux le loisir de méditer les termes du contrat.