—A ton aise; tu prendras le premier train qui se dirigera vers Mexico.»

Dès la tombée de la nuit les muletiers s'égarent; ils nous promènent sous la pluie et finissent par me demander des allumettes.

«Qu'en voulez-vous faire?

—A leur clarté, nous retrouverons peut-être le sentier perdu.»

Cependant nous passons au pied d'un énorme jujubier chargé de guenilles en guise d'ex-voto.

«Nous voici sur la bonne route, s'écrie l'un des guides, je reconnais cet arbre béni; mais la distance à parcourir avant d'atteindre le gîte est encore longue. Au lieu d'errer par un temps pareil, il serait plus sage de planter les tentes.»

De fait, la nuit est assez sombre pour qu'on puisse confondre Sliman avec un brave à trois poils.

Comme nous discutions la proposition des muletiers, la pluie cesse, un vent violent déchire les nuages; à l'horizon vibrent des éclairs diffus, un terrible orage se déclare, la foudre se promène en zigzags lumineux, le tonnerre gronde sur nos têtes. Tout à coup apparaît, dans un nimbe éblouissant, une colossale masse brune: elle s'évanouit avec les fulgurantes illuminations qui ont révélé sa présence.

«Chouch! Chouch!».

C'est bien la forteresse de Suse: elle accueille ses nouveaux maîtres en fille des dieux, et emprunte à Jupiter ses torches et sa grande voix pour nous souhaiter la bienvenue. L'orage se déploie sur la droite, les augures sont favorables.