Voici la dépêche dans toute sa saveur:
«Monsieur,
«Les musulmans sont ignorants, incivilisés et hors de règle; ils sont enfin une pierre d'achoppement pour l'avancement de vos travaux. En mon absence, il vous est très difficile, je crois, de diriger votre mission. Le tumulte des passions de la religion islamique causera peut-être un grand danger qu'il me sera impossible de comprimer.
«Il est bon de déposer à Dizfoul vos effets chez Mirza Abdoul-Raïm et de venir rester à Chouster auprès de moi.
«Après mon retour à Dizfoul, vous vous occuperez à vos affaires avec l'escorte, la force et le conseil du gouvernement.
«Tout à vous,
«Mozaffer el Molk.»
Compter sur les promesses de Son Excellence, supposer qu'elle viendra s'établir à Dizfoul tout exprès pour nous donner l'escorte, la force et le conseil du gouvernement, serait chimérique! Il faudrait bien mal juger les fonctionnaires persans, toujours trembleurs et nonchalants, et se faire de singulières illusions sur le climat du pays. Dans un mois le soleil sera brûlant, quinze jours plus tard la chaleur deviendra intolérable, en mai il ne restera plus au gabr âme qui vive.
Suivre les conseils du gouverneur, lever les tentes, renvoyer les ouvriers si péniblement conquis, équivaudrait à une désertion, à l'abandon définitif des fouilles. Marcel et moi ne pouvons supporter cette pensée.
D'un autre côté, demeurer ici contre l'avis de Mozaffer el Molk, c'est exposer la mission à de graves dangers et assumer, en cas de malheur, une terrible responsabilité. Nous n'hésitons pas à jouer notre vie; mais, avant d'engager l'existence du personnel placé sous ses ordres, mon mari veut consulter les intéressés. Rentrons.