Le courrier de Mozaffer el Molk n'est pas moins explicite que le mirza. Il assure avoir vu, en traversant Dizfoul, des groupes furieux assiéger les portes des mosquées. On ne nie pas que Daniel et sa tombe ne soient encore intacts, mais des infidèles et des sorciers ne sauraient être tolérés dans le voisinage des lieux saints.

Marcel soumit le cas à MM. Babin et Houssay, sans leur dissimuler la gravité de la situation.

«Quels sont vos projets? demandèrent-ils.

—Ma femme et moi méprisons les menaces d'une population idiote et n'abandonnerons Suse qu'à la dernière extrémité. En cas d'attaque, nous essayerons de nous replier derrière la Kerkha et de gagner le territoire ottoman.

—Vous pouvez compter sur nous,» répondirent-ils sans même se consulter du regard.

Marcel, prenant alors la plume, écrivit de sa plus belle encre au gouverneur:

«Excellence,

«Je vous remercie infiniment de la communication que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Malgré tout le plaisir que j'aurais à passer quelque temps auprès de vous, il m'est impossible de lever mes tentes en ce moment. Mon départ ressemblerait à une désertion.

«Je vous l'ai promis, aucun membre de la mission française ne s'approchera du tombeau de Daniel; mais si je tiens mes engagements, je compte sur vous pour protéger et faire respecter les envoyés d'un gouvernement ami de la Perse. Écrivez dans ce sens au mouchteïd, et ce chef religieux profitera certainement de l'occasion qui lui est offerte d'être agréable à Sa Majesté Impériale.

«Veuillez recevoir, etc.»