Les fouilles A du palais se continuent dans de meilleures conditions.

FRAGMENTS DE TAUREAUX.

Les membres de taureaux accouplés, appartenant aux chapiteaux bicéphales, ont été trouvés et amenés sur le sol à l'aide de crics. De longtemps je n'oublierai la mine ahurie des Dizfoulis devant ces engins. Nos hommes en étaient arrivés à perdre la notion des poids; sans de minutieuses précautions et une continuelle surveillance, ils se seraient fait broyer. Les fragments sont assez nombreux pour que l'on puisse, par la pensée, reconstituer l'animal gigantesque qui couronnait les colonnes. Voici le ventre couvert de poils frisés, les lourds genoux de la bête; un collier, orné de marguerites et d'une fleur de lotus en guise de pendeloque, entoure le cou. La base, le fût, le chapiteau atteignaient vingt-deux mètres de hauteur.

A côté d'une base gît la tête du monstre. Elle rappelle celles qui terminaient les chapiteaux dont on a retrouvé l'image sur la façade rupestre des hypogées achéménides. L'extrémité du museau, ainsi que les cornes, les oreilles, signalées par de profondes mortaises, manquent encore.

Ces sculptures, exécutées dans un calcaire noir au grain très fin, éveillent l'idée d'un art décoratif puissant et d'une technique avancée. Des tailles heureusement diversifiées mettent en relief certains muscles, estompent les autres et donnent au marbre des tons dont les différences, inappréciables dans l'ensemble, enlèvent à la masse des colosses toute monotonie.

Le hasard est-il une seconde Providence? Ces monstres de dure matière se sont brisés en mille pièces lorsque les palais s'écrasèrent dans la poussière, et, sous leurs débris, tombés presque du ciel, apparaissent des poteries intactes.

La découverte des taureaux ravit et inquiète à la fois mon mari. Un mètre cube de marbre pèse près de trois tonnes; les chameaux du pays ne sauraient porter une charge supérieure à deux cents kilogrammes; les indigènes ne connaissent pas la charrette, même de nom; le Chaour, sur lequel on pourrait peut-être aventurer des embarcations, est coupé de barrages. En supposant même qu'on brisât ces obstacles, où se procurer des canots? Comment se comporterait un kelek (radeau persan) lorsqu'il serait chargé de caisses très lourdes et lancé sur un cours d'eau étroit, sinueux, bordé d'une végétation arborescente? Comment franchirait-il les rapides de l'Ab-Dizfoul? Jamais problème plus difficile à résoudre ne fut proposé à des gens plus mal outillés.

La crainte de ne pouvoir enlever cette année les objets de grand poids empêche Marcel de rejeter sur le déblayement de l'apadâna les Arabes venus en grand nombre mettre à notre service leurs bras et leurs pelles et les terrassiers qui abandonnent la tranchée C à mesure qu'ils atteignent le carrelage.

Deux nouvelles tranchées, L (tumulus nº 2) et I (citadelle), ont donc été piquetées. La première, en forme de baïonnette, part de la vallée et se dirige vers une sorte de cratère régulier situé au sud du tumulus barlong. Ce tracé n'a pas été choisi d'une manière arbitraire. Bien que le plan ne soit pas encore levé, il semble que les reliefs du sol ne sont pas répartis au hasard. Marcel a essayé de reconstituer un groupement dont la dépression est le centre, puis il s'est efforcé de couper des constructions hypothétiques et un éperon qui s'avance dans la vallée centrale.