Peu de grâce dans les mouvements, aucune mélodie dans cette musique criarde, mais un tableau brillant où se confondent les rubis des tarbouchs, les notes joyeuses d'hémisphères d'argent qui retombent en grappes sur les cheveux noirs, les ciselures étincelantes des boucles de la ceinture. Comme repoussoir, un cercle d'Arabes, la peau tannée, la couffè bleue retenue par la corde de poil de chameau, l'aba de laine brune jetée sur les épaules.

J'ai demandé à ces musiciens rébarbatifs de me laisser transcrire les vers qui, à la mode espagnole, accompagnent par moments le son des instruments. Fi les gens à courte imagination répétant la leçon apprise! Les vrais fils d'Apollon n'invoquent jamais en vain le maître des Muses. Nos poètes improvisent suivant leur fantaisie, et la source divine coule toujours aussi abondante et aussi pure de leurs lèvres de bronze.

Voici pourtant quelques strophes saisies au vol.

«Tu m'es apparue en rêve, moins avare et plus docile que tu ne l'es en réalité.

«Que le matin ne peut-il s'éloigner et ne plus se montrer! Que la nuit ne peut-elle se prolonger pendant mille ans!

«Si le sommeil pouvait se vendre, certes tu en aurais fait renchérir le cours parmi les hommes.

«Je t'ai vue dans mon sommeil; il me semblait que je buvais sur tes lèvres un suave baiser.

«Ta main était dans la mienne et nous reposions sur la même couche.

«Au moment où je m'éveillai, ma main droite pressait tes mains et ta main pressait la mienne.

«J'ai passé ma journée entière à chercher le sommeil pour te voir dans mes rêves et le sommeil n'est pas venu.