—C'est possible, mais les Faranguis sont des sorciers. Pourquoi voulez-vous du mal à notre pauvre pays? Pourquoi ces pluies, ces orages, ces ouragans? Le pain sera-t-il cher l'année prochaine? Nos femmes seront-elles bréhaignes? Nos vaches enfanteront-elles?

—Il sera fait selon la volonté d'Allah.»

Personne n'ose répliquer, mais j'entends murmurer: «Si les chrétiens n'étaient pas fils du diable, comment découvriraient-ils sous terre des objets dont les habitants du pays n'ont jamais soupçonné l'existence?»

«Je connais les secrets desseins de Saheb, disait un autre: il fait pleuvoir et sacrifie la récolte au désir de nettoyer ces murs de terre qu'il a tant de peine à distinguer des décombres.»

Le brouillard se dissipe; soudain Phébus déchire les derniers nuages et darde ses flèches d'or jusqu'au fond de la tranchée. «Soleil, le salut soit sur toi!» se sont écriés les descendants des antiques Zoroastriens, qui, nous croyant capables de confisquer la lune, se demandaient avec effroi ce qu'il était advenu de leur astre favori.

1er avril.—Nous respirons à pleins poumons: M. Houssay vient de rentrer triomphant. Non seulement il est intact, mais il rapporte quatre mille krans. Son expédition vaut la peine d'être contée.

Comme il cheminait vers la ville, Mirza Abdoul-Raïm lui ouvrit son cœur.

«J'ai des dettes, et je voudrais bien les payer.

—Cela part d'une âme candide.

—M. Dieulafoy est très dur pour moi. Les ouvriers m'apportaient spontanément les prémices de leur salaire; il a violenté leurs sentiments en les empêchant de me servir cette rente quotidienne; de son côté, il ne me donne pas un grain de riz. C'est mal à lui de peiner de braves cœurs. Encore s'il me dédommageait du chagrin qu'il leur cause!