—Vous avez refusé tout traitement avec une indignation superbe!
—Je pensais que M. Dieulafoy insisterait et me ferait des propositions plus brillantes. Parlez-lui en ma faveur.»
Tout en devisant, les voyageurs atteignaient la ville, puis la maison du naïeb el houkoumet. A peine M. Houssay avait-il franchi la porte, que le sous-gouverneur s'avançait, les mains tendues, et le traitait de «cher ami».
«Je ne suis pas votre ami, riposta notre ambassadeur. M. Dieulafoy vous a demandé une partie des fonds de la mission; vous avez fait battre son envoyé et confisqué son reçu. Ce n'est plus deux mille krans, mais six que j'exige sans délai. Si vous ne les versez pas, j'ai l'ordre de gagner Bouroudjerd et de me mettre en communication télégraphique avec Téhéran.
—Calmez-vous, hakim bachy (médecin en chef), les caisses sont vides, les Arabes intraitables, mais je vais emprunter quelques tomans.» Et plusieurs ferrachs partirent pour réclamer l'argent de l'État, que le sous-gouverneur prête à la petite semaine persane.
La paix cimentée, apparurent le samovar, le kalyan, et l'on fuma jusqu'au coucher du soleil, en compagnie d'une vingtaine de négociants requis d'apporter, qui cinq cents, qui trois cents krans.
La somme parfaite, Mirza Abdoul-Raïm se préposa lui-même au soin du contrôle et confisqua une centaine de pièces, à compte sur son futur traitement. Puis, se sentant désormais plus riche que le chef des quarante voleurs, il annonça d'un petit air délibéré qu'il éprouvait le désir d'aller au hammam et s'attarderait à Dizfoul pendant quelques jours.
Le hakim bachy, sachant dans quelle inquiétude il nous avait laissés, repartit avec Mçaoud. A la tombée de la nuit, il voyait déjà poindre nos tentes blanches et l'arbre de la plaine, lorsqu'il craignit d'avoir à défendre sa vie et ses krans contre cinq ou six cavaliers de mauvaise mine.
«Salam aleikoum!
—Aleikoum salam!»