Cheikh Ali, informé que le Pactole coulait dans nos tentes, a délégué six cavaliers avec ordre de monter la garde sur les rives de ce fleuve enchanteur. Afin de résister au sommeil, ces braves garavouls (sentinelles) ont causé toute la nuit, suivant la coutume persane.
«Tu dors! criait parfois le chef de la bande.
—Non, Agha.
—Eh bien, parle. Je serai certain que tu es bien éveillé.»
Malgré cette assurance, Marcel et moi sortîmes vers minuit pour inspecter les postes.
Un halo de pourpre rayonnait autour de la lune, des milliers de constellations luttaient d'éclat avec la pâle souveraine des nuits, tandis que de l'horizon jaillissaient d'incessants météores.
Tout était silence: les vents du sud-ouest, la petite feuille qui frissonne au souffle de l'air, la lyre magique dont les djins touchent les cordes, se taisaient; le fil de la vierge était immobile; l'esprit de la nature dormait.
A mes pieds gisaient les tumulus sans ombre, la plaine stérile, la tente de l'Arabe, nomade comme le vent du désert. Et mon imagination vagabonde s'envolait sur l'aile de la fantaisie jusqu'aux siècles où il me semblait avoir vécu une autre vie.
Je les voyais ces souverains dont la grandeur inspirait l'effroi; ils se mouvaient solennels comme des statues d'ivoire, les muscles de leur face ne tressaillaient pas quand l'univers s'écrasait à leurs pieds.
Là-bas souriait la volupté. Sous l'or, les bijoux et le fard des femmes anxieuses se disputaient le regard du maître du monde.