25 avril.—Marcel et moi espérions profiter de quelques jours de répit pour visiter deux forteresses antiques qui défendent un défilé de la chaîne des Bakhthyaris. L'arrivée d'un courrier de Mozaffer el Molk a coupé les ailes à ce projet.
Comme tout bon cassed, le porteur connaissait le sens du message et en a donné cette traduction imagée aux ouvriers couchés autour des tentes:
«Les marauds qui continueront à travailler sous les ordres des Faranguis auront les oreilles coupées.»
Marcel n'avait pas perdu un mot de la conversation de la nuit; dès l'aurore il faisait assembler les Dizfoulis et, sans leur laisser le temps de se reconnaître, leur intimait l'ordre de se rendre au travail: «Les poltrons n'ont qu'à se retirer.» Tous ont saisi pelles et pioches et pris le chemin du chantier.
«Les hommes qui ont peur! s'est écrié Ousta Hassan demeuré sur nos talons, tous ont peur! Et moi, leur chef, je suis plus épouvanté qu'eux tous.
—Ne crains rien: une lettre te mettra sous la protection de la France, dont tu t'es montré l'ami. Connais-tu un nadjar bachy (menuisier en chef)?
—Certainement: Kerbelaï Mohammed.
—Va lui commander cinquante caisses; quand elles seront prêtes, nous emballerons les briques que nous avons trouvées.
—Y pensez-vous, Saheb? Acheter des caisses, louer des mulets, emporter ces vieux matériaux!...
—Je partage ton avis: c'est fou. Mais, quand je rentrerai à Paris, on me demandera compte de l'argent dépensé. «Voilà ce que cachait la terre de Suse, répondrai-je; il n'a pas dépendu de moi que ces objets ne fussent d'or fin.»