—Que souhaites-tu?
—Un lustre pour éclairer le tombeau pendant le pèlerinage.
—Prépare ta requête; elle sera bien accueillie.»
Le soir même de cet entretien, Ousta Hassan prenait la route de Dizfoul. Deux jours plus tard, il revenait avec ses baquets, sa truelle et une lettre qui autorise le chef de la mission à construire une maison sur les terres de Daniel. Faute de Français, cette habitation deviendra la propriété usufructuaire du cheikh ou des personnes qu'il lui plaira de désigner.
Le chef-d'œuvre, piqueté sur-le-champ, s'élève déjà au-dessus de terre.
Le château susien est rectangulaire, long de dix mètres, large de huit et divisé en deux corps de logis longitudinaux par un mur de refend qui doit porter les bois très courts de la toiture. Les façades seront percées de deux portes et de quatre fenêtres. Une épaisse terrasse couvrira l'édifice et l'abritera également de la pluie et du soleil. Les détails de l'élévation sont abandonnés à l'imagination vagabonde d'Ousta Hassan.
Plus que jamais nous apprécions, en expectative, les mérites d'une maison bâtie. La température fait des bonds de géant. Dès sept heures du matin, le soleil darde ses rayons de feu sur la toile transparente des tentes, la chaleur s'emmagasine à l'intérieur de ces abris comme autrefois l'humidité, et la température devient si haute, l'air si suffocant, qu'on ne peut y demeurer, sous peine d'étourdissements.
Nous ne souffrons pas seuls de la chaleur: les indigènes sont anéantis. Les outres d'eau, disparues dans leurs corps assoiffés, transsudent de leur épiderme en ruisseaux abondants, et comme ils dépensent, à jouer le rôle d'alcarazas, le peu de force que le ciel leur a départie, encouragements ou punitions se brisent contre une nonchalance d'autant plus invincible que le soleil ne nous permet pas de stationner tout le jour dans les tranchées. Le capar de la salle à manger est notre unique refuge; c'est dans cet asile sauvage que chacun attend son tour de corvée. Après une absence de deux heures, l'infortuné revient, la tête congestionnée, les bras ballants, les jambes traînantes. Nous étions cinq à nous relayer; Sliman a trouvé galant de faire l'esprit fort et de se moquer devant les ouvriers de «ce prophète de malheur qui fait tomber la pluie, confisque la lune et grille les gens pour achever de se faire aimer». Le motevelli est venu supplier Marcel de rappeler ce faux musulman. S'il s'écartait du camp après le coucher du soleil, il serait infailliblement massacré. Mçaoud, chargé jusqu'ici de la garde du camp, remplace son confrère.
«Les ouvriers m'aiment beaucoup, est venu me dire l'heureux époux de la trop chic Aïcha. Cet imbécile de Sliman avait insilté li bon dieu des Arabes. Moi je leur z'ai dit: Li bon Dieu des Arabes de Kabylie, ce n'est «pas tout à fait li même bon Dieu qui cili des Arabes d'ici; mais tous li bons dieux des Arabes est la même chose.» Et ils sont été bien contents.
—C'est parfait.»