Cette multitude de dômes rougis par les rayons du soleil s'éclaire par taches éclatantes et va en s'estompant se perdre dans une légère brume bleuâtre qui s'élève au pied des montagnes. Au loin apparaissent les toits pointus des tombeaux des Cheiks. Sur la gauche s'étendent les beaux jardins qui entourent le célèbre tombeau de Fatma.
2 août.—Nous dormions encore quand nos serviteurs sont entrés fort émus dans le balakhanè: «Çahebs, le gouverneur de Koum, Mirza Mehti khan, ayant appris votre arrivée, envoie trente ferachs. Ils sont chargés de vous souhaiter la bienvenue et de vous prier de venir loger au palais, ce caravansérail étant indigne de personnages de votre condition.»
Les domestiques se mettent en procession, nous guident vers un pont jeté sur une rivière sans eau, longent les ruines d'une mosquée dont les deux minarets sont encore debout, traversent des bazars, un cimetière, des ruelles tortueuses, et s'arrêtent enfin devant un portail couvert d'ornements stuqués. Cette entrée donne accès dans la première cour du palais, encombrée d'un nombreux personnel de soldats et de prêtres assis sous des arcades voûtées. Des voleurs attachés les uns aux autres par des colliers de fer sont exposés nu-tête au grand soleil.
Le gouverneur de Koum est l'époux d'une fille du chah. Pendant l'été la princesse quitte la ville, une des plus chaudes de la Perse, et se retire dans la montagne avec ses femmes et ses enfants. L'andéroun étant vide, le prince a donné l'ordre de nous loger dans cette partie retirée du palais.
L'imagination des Européens se surexcite vivement au seul mot d'andéroun ou de harem et se plaît à évoquer, pour se représenter ces demeures fermées, toutes les splendeurs des récits des Mille et une Nuits.
PANORAMA DE KOUM.
Nous sommes ici dans le palais d'une fille favorite du chah de Perse. Combien de femmes de notre bourgeoisie provinciale se plaindraient de la pauvreté de cette installation! Marcel veut bien convenir que je sais lever un plan, tout en assurant que de sérieuses études me sont encore nécessaires avant de dessiner d'une manière convenable une élévation et surtout une coupe. Prenons mon plan et décrivons un andéroun princier.
La communication entre le biroun et le harem s'établit au moyen d'un corridor, intercepté par plusieurs portes; la dernière s'ouvre sur un jardin, aux extrémités duquel s'élèvent deux bâtiments à peu près semblables.
L'un est exposé au nord et habité l'été, l'autre est orienté au sud et utilisé l'hiver. Les caves voûtées qui portent le nom de zirzamin (sous terre) sont occupées pendant les plus fortes chaleurs. Le pavillon d'été est divisé en trois salons, éclairés par de nombreuses fenêtres. Derrière cette première rangée de pièces s'étend une nouvelle série de chambres; enfin des baies placées au fond de ces dernières et fermées au moyen de volets de bois donnent accès dans des boudoirs obscurs et toujours frais, au fond desquels on fait la sieste pendant les heures les plus chaudes de la journée.