PLAN DE L'ANDÉROUN DU GOUVERNEUR DE KOUM.
Les femmes dorment la nuit sur les terrasses entourées de hautes murailles, habitent dès la venue du jour les premières chambres, qui sont demeurées ouvertes, et, à mesure que la température s'élève, elles se réfugient dans les parties les plus sombres de la maison, après avoir soigneusement fermé les volets. Toutes ces pièces sont blanchies à la chaux; les cheminées seules sont ornées de quelques légères décorations de plâtre.
Les portes, fort basses, ne sont ni peintes ni cirées; une chaîne de fer fixée à l'extrémité du vantail s'accroche à un fort piton enfoncé dans la traverse supérieure du cadre; un clou ou un morceau de bois passé au travers du piton constitue une serrure aussi économique que gênante.
Le mobilier est des plus élémentaires. Quelques coussins jetés sur des tapis de Farahan, des rideaux en soie de Yezd attachés à de lourds crochets de fer, donnent une médiocre idée de la richesse d'imagination des tapissiers persans.
Le pavillon d'hiver est semblable à celui que je viens de décrire, sauf les chambres obscures, inutiles pendant la mauvaise saison.
Telle est, en peu de mots, la description fidèle de l'andéroun d'une puissante princesse. C'est une pauvre demeure pour la femme de l'un des plus riches seigneurs de Perse, mais c'est un paradis pour de malheureux voyageurs.
4 août.—La ville, ornée autrefois de plus de deux cents tombeaux, mais aujourd'hui aux trois quarts ruinée, est d'une telle étendue, que nous avons dû la visiter à cheval. Elle est d'origine fort ancienne, disent les historiens, qui font remonter sa fondation à l'année 203 de notre ère. Les habitants, très fanatiques, ont été de tout temps attachés aux croyances chiites, apportées par le fils d'Abd Allah ben Sad, ancien élève du séminaire de Koufa. Le tombeau de Fatma, fille de l'imam Rezza, contribue à augmenter encore la dévotion des habitants et le zèle des prêtres.
Ce célèbre imamzaddè est précédé d'une immense nécropole aux pierres tombales si rapprochées qu'elles recouvrent la terre comme le ferait un dallage. Outre les reliques plus ou moins authentiques de la petite-fille de Mahomet, placées sous le dôme, on conserve dans les bâtiments isolés les restes mortels de Fattaly chah et du père et de la mère de Nasr ed-din. En raison de ce dépôt sacré Sa Majesté tient en grand respect le sanctuaire, et en a fait redorer la coupole à ses frais.
Après le coucher du soleil, le gouverneur nous fait demander de le recevoir. Marcel s'étant empressé de répondre que nous désirions le devancer, dix porteurs de fanous (lanternes vénitiennes) se présentent et nous conduisent au biroun. Mirza Mehti khan est assis sous un porche en compagnie d'un grand nombre de mollahs et d'officiers. A notre approche les prêtres se retirent, et le prince nous accueille avec la plus parfaite affabilité. Il s'informe du but de notre voyage, me demande si je me trouve bien dans l'andéroun, et finit par m'offrir, avec une certaine contrainte, de m'envoyer du vin.