—C'est grand dommage, répondit le chah en souriant; je vais ordonner de suspendre momentanément la fabrication des objets de cuivre: tu pourras ainsi reprendre le cours de tes travaux.»

Le lendemain, Avicenne fit remercier le roi: aucun bruit n'était parvenu jusqu'à lui, et il avait, dans le calme et le silence, écrit un chapitre presque entier de son grand ouvrage médical.

Cependant, au bout de quatre jours de repos forcé, les chaudronniers de Kachan se plaignirent avec amertume du préjudice que leur occasionnait la fantaisie ou la folie d'un homme logé à trois étapes de leur bazar.

MINARET PENCHÉ A KACHAN.

«Le roi a promis une semaine de silence à son médecin, dit le gouverneur: quatre jours se sont déjà écoulés; saisissez sans crainte vos outils: ce n'est pas d'Ispahan que l'on peut entendre la chanson du marteau. En tout cas je vais prévenir Sa Majesté: elle pourra ainsi se convaincre de la mauvaise foi d'Avicenne.»

Les travaux furent donc repris, et de plus belle le cuivre résonna sur l'enclume.

Le soir même, Avicenne se présentait au palais.

«Votre Majesté est mal obéie: dès ce matin les chaudronniers de Kachan ont ouvert leur bazar.»

9 août.—Pour se rendre bien compte de la topographie du pays et du bon entretien de la ville, il faut monter au sommet d'un superbe minaret penché, bâti au treizième siècle. Cette élégante construction, édifiée avec des briques de trois centimètres d'épaisseur, s'élève à quarante-sept mètres au-dessus du sol de la rue. Un escalier tournant, en parfait état de conservation, permet d'arriver jusqu'à la corniche, démunie de parapet.